mardi 1 juin 2021

En ces temps de confinement, y-aurait-il plus d’auteurs que de lecteurs ?

 Jamais en bientôt 30 ans d’activités éditoriales, la revue Harfang n’avait reçu autant de textes… 

Dans un premier temps, les membres du comité de lecture se sont d’abord réjouis de cet intérêt pour la nouvelle… mais dans un deuxième temps, ils en sont réduits à sélectionner des textes qui ne seront publiés dans Harfang qu’en mai ou novembre 2022 !

En même temps nous pourrions nous réjouir d’avoir assez de contenu pour envisager de passer à un rythme trimestriel… mais les moyens financiers ne suivent pas ! Tout simplement parce que si ces derniers mois les envois ont bien été multipliés par deux et plus, les ventes et les (ré)abonnements ont été divisés par deux dans le même temps !

Serait-ce que paradoxalement, en ces temps de confinement, il y a plus d’auteurs de nouvelles que de lecteurs ?

Serait-ce oublier qu’une publication ne peut exister que s’il  y a des lecteurs, c’est-à-dire des acheteurs.


Dans l’immédiat, devant cette situation, le comité de lecture surchargé est contraint de demander à tous les nouvellistes de suspendre leurs envois de textes pendant les mois à venir.

D’ici là, nous vous souhaitons de bonnes lectures estivales, notamment de nouvelles… dans Harfang de préférence ! 

 

mercredi 12 mai 2021

En Mai HARFANG 58… fait le printemps de la nouvelle !


 Avec cette 58e livraison, Harfang est fidèle à son rendez-vous de printemps… en  
saluant ce moment où la nature prend ses habits colorés !

Ainsi notre blanche chouette Harfang, comme l’ensemble de la faune et de la flore, se pare d’une mosaïque aux multiples couleurs, aux multiples facettes…

Beaucoup de variétés dans ce numéro qui s’ouvre avec E. Balaert  et C. Barreau : elles se livrent dans un entretien qui éclaire leur œuvre et leur écriture et offrent une nouvelle inédite prolongeant leur dernier recueil publié. La première (auteur entre autres des Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces dont on a dit beaucoup de bien ici même)  s’interroge sur les liens qui pourraient exister entre la toile d’une « épeire » et les réseaux sociaux. La seconde (dont le dernier recueil Oublie l’océan plonge le lecteur au cœur de la nature) se rappelle que le « sauvage » est ce qui est « fait pour la forêt » !


Dans notre rubrique « rencontre avec un éditeur », suit un entretien avec N. Cook et D. Huet qui dirigent les éditions Pneumatiques et qui illustrent leur conception de l’édition en proposant en prépublication une nouvelle de T. Covolo : ce dernier fidèle à son style décalé fait d’humour et de dérision, nous brosse  le portrait de « la fille avec un nom du nord ».

Suivent aussi une dizaine de  nouvelles qui oscillent entre la réalité (où il n’est pas question de virus et de confinement) et le fantastique (où il n’y a pas forcément des revenants et des fantômes)  même si A. Destal nous parle de gamins qui chassent les « spectres »… même si H. Gasser nous livre une rêverie fantastique digne de Borgès autour du livre « les catadioptres de Lev Anrep »… même si R. Magladi-Trichet nous parle de « corps flottants », de Virginia Woolf et aussi de madame Bovary !

Pour le réalisme, on peut faire confiance à L. Pierrisnard  qui  narre une « quête patriotique » en vue de réparer les oublis de l’Histoire ou à M. Zeugma qui relate « l’aporie » d’un vieux couple.

Enfin, pour ne pas faire mentir l’adage
selon lequel « en mai, fais ce qu’il de plait » le lecteur pourra choisir entre quelques nouvelles plumes prometteuses : S. Lida, T. Saja et les drôles d’animaux tombés dans « le puits » ou encore P. Serrier  avec l’histoire émouvante de « la statuette » et de sa destinataire

Alors lisez Harfang 58 qui offre variété de tonalités et de styles… avec beaucoup de couleurs pour les lectures de  printemps… et beaucoup de fraîcheur pour les lectures d’été ! 

Harfang N° 58, 116 pages, 12 €,

chèque à  l’ordre d’Harfang à adresser

HARFANG 13 bis avenue Vauban 49000 ANGERS

samedi 8 mai 2021

Dernières nouvelles d’R. G…


Si dans le domaine de la BD, tout le monde connaît R. G. dit Hergé… dans le domaine de la nouvelle, un autre R.G., belge lui aussi, mériterait d'être aussi connu. Peu connu de son vivant, sinon des spécialistes du genre, le décès d’R.G. ou René Godenne (puisqu’il se nomme ainsi) le 2 avril dernier aurait pu passer inaperçu.


Même si certains, dans les années 90, l’avaient surnommé « l’abbé Pierre de la Nouvelle » (ce qui en dit long sur la situation de la nouvelle en France !), il se définissait avant tout comme un grand « liseur de nouvelles » selon sa propre appellation dans ses « souvenirs d’un liseur de nouvelles » dont les premiers furent publiés dans Harfang N° 6 où il évoque ses rencontres avec Saumont, Seignolle, Sternberg et bien d’autres… et dont on peut lire l’intégralité sur internet : http://renegodenne.be/

Pendant près de 50 ans, il a été un ardent défenseur de la nouvelle, surtout française et francophone, d’abord en tant qu’enseignant, chercheur, historien de la nouvelle : on peut relire ses ouvrages depuis son « Histoire de la nouvelle française aux XVII et XVIII siècles » (Droz) en 1970  jusqu’à  « La nouvelle de A à Z » (Rhubarbe) en 2008 en passant par les trois tomes de sa « Bibliographie de la nouvelle de langue française de 1940 à 2000 » !

La nouvelle était son pré carré qu’il défendait avec âpreté, parfois au prix de quelques accrochages et fâcheries avec les nouvellistes, les critiques et autres revuistes… Mais  personne ne conteste ses talents de passeur et sa grande connaissance de la nouvelle, des nouvellistes, des recueils, des revues… Et il faut reconnaître qu’on lui doit d’avoir dégagé deux grandes caractéristiques de l’évolution de la nouvelle au XX siècle : la notion de « recueil ensemble » chère à M. Arland et celle de  « nouvelle-instant ».

Alors tout nouvelliste qui se respecte (fut-il amateur) lui doit beaucoup, souvent sans le savoir ! 

Merci René...

 


jeudi 4 février 2021

COUPS DE COEUR POUR LE PRINTEMPS... A VENIR

 

Les Orages, Sylvain Prudhomme, L’Arbalète Gallimard, 180 p., 18 €

Connu comme romancier (notamment avec Sur les routes, Prix Fémina 2019), S. Prudhomme s’aventure ici sur une distance plus courte avec un recueil de treize « histoires » qui se distinguent par sa tonalité et  par une conception traditionnelle de la nouvelle. Car si elles commencent souvent par des situations dramatiques, elles ne se terminent pas pour autant par une chute spectaculaire et fatale.

Ainsi dans « Souvenir de la lumière », Ehlmann, jeune père qui a veillé quinze jours dans la chambre d’hôpital 817 son enfant de cinq mois qui a frôlé la mort, constate à sa guérison que ce moment « a changé sa vie » et que « sa vie entière se passe désormais dans cette clarté » (p. 30).  

Le titre du recueil donne donc un indice car si les orages grondent, chacun sait qu’après après la pluie, c’est l’éclaircie, et que « l’orage a lavé le ciel » comme dans la nouvelle intitulée « L’île » (p.110).

Ainsi les personnages sont saisis dans un moment où un événement tragique vient faire irruption dans leur vie. Telle Awa, jeune sénégalaise sur le point d’ouvrir son salon « Awa beauté » qui apprenant que son jeune frère Boubacar est atteint d’un cancer, décide alors de consacrer tout son argent pour qu’il soit soigné.

Dans « La nuit », la femme qui a failli se vider de son sang lors d’une fausse-couche avoue : « j’ai peur et je suis heureuse » et elle ne retrouve sa sérénité qu’en plongeant dans la mer : « je nage dans l’eau qui m’a ramenée à la vie… unie à la mer par une nuit sans lune ».

Dans « La baignoire », une femme prend un bain régénérateur avant de partir vers une autre vie. L’eau vient effacer les affres du passé et permet de se ressourcer pour affronter l’avenir.

Dans « L’appartement », un homme ferme la porte sur le silence des pièces vides qu’il a occupées plus de vingt ans avec sa compagne et leurs enfants, et sort retrouver la rue et « son fracas ».

Alors que tous ces personnages sont confrontés à la maladie, la vieillesse ou la mort, comme dans « Les cendres », la nature reste immuable et semble leur offrir refuge ou réconfort. Ainsi c’est au moment où un homme enterre son grand-père et pense à sa propre fin, qu’il voit qu’« au loin la mer brille » et que « l’immobilité des choses est la même ».

Au-delà des petits drames intimes qui ponctuent le quotidien, chacun retrouve donc sereinement  la tendre indifférence d’un monde qui continue dans  le calme, le silence, l’eau, la lumière.

 Il y a beaucoup de simplicité et de délicatesse dans ces nouvelles qui amènent le lecteur à ressentir les interrogations et les vibrations intérieures des personnages, mais qui au final se terminent sur une note apaisée.  

Joël Glaziou

 

Face à la mer, Pierre Montbrand, Quadrature, 100 pages 15 €

Certains nouvellistes comme certains peintres ou musiciens composent leur œuvre comme  une série de variations sur quelques motifs récurrents. C’est le cas de ce recueil de six nouvelles où des couples composés d’hommes et de femmes d’âges différents, reviennent des dizaines d’années plus tard sur un  épisode  marquant de leur vie.

Ainsi dans la nouvelle « Face à la mer » qui donne son titre au recueil, un commandant de ferry cherche à retrouver la jeune baigneuse nue qu’il aperçoit à chacun de ses passages entre les îles suédoises et qui lui rappelle tant la photo d’Andreas Feininger « Nude against sea » vue dans un musée des années auparavant. 

Une autre photo (celle tirée du film Jeux d’été d’Ingmar Bergman où l’on voit une jeune femme courir nue dans une crique de l’île d’Ornö) est à l’origine de la recherche d’un universitaire français qui arrivé sur place trouvera… une certaine Katherine qui acceptera de poser pour lui dans la même crique. Un autre universitaire, américain, cette fois, part sur les traces de William Faulkner, dans « on dirait le sud »en compagnie d’une jeune serveuse de snack…

C’est aussi quand il revoit une « photo de classe » et quelques photos plus intimes, que le passé assaille Pierre, lors de la sépulture de Jacqueline, celle qui fut sa professeur d’anglais au lycée. Il se souvient alors de la relation torride qu’il a entretenue avec elle il  y a plus de quarante ans. Un autre Pierre (ou le même) lors de retrouvailles familiales, se souvient de ses dix sept ans et du bain de minuit avec sa tante Karen dans le lac de Genève « au clair de lune ».

Il en est de même pour Marianne à la mort de son père Henri, peintre et sculpteur, quand elle vient faire valoir ses « droits de succession » sur la maison, les œuvres et l’atelier… et qu’elle découvre la statue d’une « jeune femme, en bronze, la pointe des seins dressée… » qui n’est autre que son double puisqu’adolescente, elle avait accepté de poser nue pour son père.

Roman, film, photos, sculpture comme autant de traces du passé qui sont ici des « pré-textes » invitant à partir à la recherche de l’éternel féminin et à revivre au présent une « scène primitive ».

Joël Glaziou

Les Funérailles de Roberto Bolaño, Emmanuelle Favier, La Guépine, 56 pages, 14 €

 Le romancier et nouvelliste chilien Roberto Bolaño a été incinéré le 16 juillet 2003 à Barcelone et ses cendres dispersées dans la Méditerranée. Pourtant, il reste ça et là des cendres toujours vives chez ses fidèles lecteurs… dont E. Favier qui lui rend ici un hommage appuyé en reconnaissant l’importance que la lecture de son œuvre a eu sur elle et sur son écriture.


Ce besoin d’écrire sur R. Bolaño n’est d’ailleurs pas nouveau puisque l’un de ses premiers textes publiés était « une nouvelle en forme de pastiche ou d’hommage » intitulée « Prise de vue » (à lire dans Harfang N° 43, 2003), qui faisait référence à une photo où Bolaño figurait au milieu de ses compagnons du groupe « infraréaliste » dans les années 70 et pastichait la nouvelle « Labyrinthe » qu’il avait écrite autour d’une photo du groupe « Tel Quel ».

En partant sur ses traces, elle fait revivre Bolaño à travers ses textes et les lieux qu’il a fréquentés et elle constate que « les écrivains sont parfois plus réels, ils modifient le cours de notre existence bien plus radicalement que l’immense majorité de ceux que l’on rencontre dans ce que l’on appelle la vraie vie. » 

Joël Glaziou

(Lire entretien et nouvelles d’E. Favier dans Harfang N° 43 et 51)


Ajoutons quelques mots sur les éditions La Guépine (www.laguepine.fr)

et signalons au passage l'excellent travail de cette petite maison d'édition qui fabrique  à l'ancienne des petits livres (la lecteur a le plaisir du massicotage) qu'il s'agisse d'inédits comme ceux de M.-H. Lafon (La demie de six heures) ou d'Emmanuelle Favier ou de textes anciens, difficiles à trouver, "impertinents et piquants" dont l'écriture mêle pensée et poésie (comme des textes de Florian ou de Ramuz)


Chroniques à suivre dans Harfang N° 58  à paraître en mai 2021

lundi 1 février 2021

Meilleure micro nouvelle de l'année 2020 : Rayon d'action" d'André Girard

 

Pour la neuvième année consécutive, notre rubrique « 100 mots pour le dire » met à la une de notre blog la «micro-nouvelle du mois » 

Merci à toutes celles et tous ceux qui nous adressent régulièrement leurs textes. 

Certes, 2020 aura été une année particulière pour tous… pour notre rubrique aussi : pléthore d’envois certains mois… puis à l’automne, deux mois de pénurie (hormis les envois de 2 habituées déjà publiées en cours d’année, ce qui ne permettait pas une véritable compétition) ce qui nous a contraint à une suspension temporaire.

Comme pour les années précédentes, le comité de lecture d’Harfang (différent de celui des « micro-nouvelles ») a choisi « Rayon d’action » d'André Girard comme "meilleure micro" de l'année. 

Ce dernier gagne un abonnement d’un an à la revue Harfang.

Merci de poursuivre cette aventure en notre compagnie en nous adressant vos « micro-nouvelles » de 100 mots maximum (contrainte impérative) à l’adresse suivante :

 

revueharfang@laposte.net

Rayon d'action

En partant charger son yak, Tumen Bayar – c’est son nom – fit un détour pour vérifier le piquet d’attache de mon cheval. Il l’arracha d’un coup sec et m’appela, hilare, en brandissant ce moignon qui prétendait amarrer un cheval affamé. Du coup, il fonça vers l’orée du bois, abattit à la hache un mélèze de trois mètres dans lequel il tailla un piquet de quarante centimètres. Gros, solidement enfoncé dans la steppe avec mon cheval au bout. Au matin, je découvris un cercle parfait d'herbe rase autour du piquet, idéal exemple du rayon d'action. Mais plus de cheval.


© André GIRARD (Mai 2020)

dimanche 3 janvier 2021

MEILLEURE ANNEE 2021 !

 Conjuguons les bonnes  nouvelles (et aussi les mauvaises) avec les souhaits de notre chouette fétiche Harfang :


Que ce NOUVEL AN 2021 annonce un NOUVEAU MONDE (c'est le titre de la micro nouvelle de Dorothée Coll à lire ci contre ! ) et de NOUVELLES VIES  

Que les nouvellistes, les lecteurs et les éditeurs puissent se rencontrer et échanger lors des salons, des animations, rencontres et lectures (notamment en bibliothèques), de remises de prix...

Que chaque jour, chaque semaine, chaque mois de cette nouvelle année soient l'occasion de lire des nouvelles (dans HARFANG d'abord) et d'écrire des nouvelles et des micro-nouvelles    (à nous adresser pour la revue ou pour la rubrique "100 mots pour le dire !")



dimanche 15 novembre 2020

HARFANG N°57 est sorti...

Le N°57 de la revue Harfang qui vient de sortir de l'imprimerie se fait largement l'écho de la huitième édition du Prix de la nouvelle d'Angers.

Outre un entretien et une nouvelle de la lauréate Viviane Campomar qui brosse quelques portraits de femmes entre Paris et Odessa, on peut découvrir les nouvelles des 4 autres finalistes qui montrent d'autres paysages (Olivier Esnault nous emmène en Guyane et Roland Goeller en Alsace) ou d'autres visages ( Anna-Livia Marchionni fait le portrait de Biche et Léonie De Rudder celui d'une "pute d'Ephad" !)

La remise du prix n'ayant pu se faire -en présentiel comme on dit aujourd'hui-  vendredi 13 novembre en raison du confinement, "le passage de témoin" s'est fait naturellement dans la revue avec Michèle Labbé, lauréate 2018, à travers un entretien et une nouvelle inédite




D'autres paysages et d'autres portraits sont brossés dans les nouvelles retenues par le comité de lecture de la revue : ainsi le petit Pierrot dans 
"La dictée à la pistache" de Vincent Ferrique, ainsi les mésaventures de Lourmel dans "le passage" de Jean Pouëssel... et aussi la rencontre de "l'Agneau mystique" à Gand avec Jean-Yves Robichon et  d'une femme dans "le jardin clos" avec Emilien Rouvier...

Avec HARFANG, et malgré le confinement, vous pouvez donc continuer à voyager et à faire des rencontres...

Harfang N°57 116 pages, 12 €

Chèque à adresser à Harfang 13 bis avenue Vauban 49000 Angers