mercredi 1 juillet 2020

COUP DE COEUR POUR L'ETE


Au cœur d’un été tout en or, Anne Serre, Mercure de France, 144 pages, 14,80 €

 
Le jeu auquel se livre Anne Serre dans ce recueil oscille constamment entre réalité et fiction, avec d’une côté réminiscences littéraires et cinématographiques, de l’autre imagination et rêves personnels.

Ainsi se dessine un autoportrait, qui n’est ni autobiographie ni autofiction, en une mosaïque de 33 nouvelles de quelques pages, comme autant d’embryons de romans à venir. Notons d’emblée que 25 d’entre elles commencent en citant l’incipit d’un ouvrage choisi dans sa bibliothèque : Buzzati, Carver, Caroll, Simon, Vila-Mata, Walser… (la liste complète figure en fin de volume) ce qui permet d’avoir une connaissance de l’auteur, au-delà des principes sociologiques ou psychologiques, selon le précepte : dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es ! Références littéraires souvent doublées de réminiscences de films lorsqu’une mère inconnue ressemble à Liz Taylor (p. 13) ou qu’une cousine « a l’air de sortir d’un film d’Hitchkoch »…

D’autre part, chaque nouvelle est l’occasion pour le narrateur (souvent féminin, souvent écrivain) de distiller (à la première personne) quelques informations personnelles, notamment sur « la production de rêves […] qui sont de véritables romans ou plus exactement des nouvelles » où la logique et la chronologie sont souvent interverties quand « le rêve débute par la fin pour s’achever par le milieu » (p. 27). Occasion aussi de jouer à « être quelqu’un d’autre » (p. 16) comme font les enfants qui s’imaginent un instant prince ou princesse, cow-boy ou indien, gendarme ou voleur… Occasion enfin de créer des personnages multiples comme Selma qui «  vit  comme si elle était à elle seule  huit ou dix personnes » (p. 83). Et si « dans les nouvelles, il y a souvent des chutes en forme d’explication » (p. 74), avouons que là, comme dans les rêves ou dans la vie, il n’y en a pas !

Recueil qui révèle bien l’univers et le style personnels d’Anne Serre, que les académiciens Goncourt ont apprécié au point de lui attribuer -à raison- le Prix Goncourt de la Nouvelle 2020...

Joël Glaziou
 
  (Suite et autres coups de cœur à lire dans Harfang N°57 à paraître en novembre 2020)

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