dimanche 10 mai 2026

HARFANG N° 68 : 12 nouvelles + 3 micro-nouvelles .... toujours pour 12 €


 « Passer en revue » les différents visages de la nouvelle francophone contemporaine pourrait être la bonne formule pour qualifier la richesse et la diversité des textes qui sont au sommaire de ce numéro 68 de la revue Harfang.


En ouverture, Leïla Sebbar (une habituée d’Harfang avec 7 participations) parle d’un « Balcon pour les femmes » dans les mosquées, revisitant pour les jeunes d’aujourd’hui les histoires de Majnoun et Leïla ou de Roméo et Juliette.

Philippe Pichon, poète, romancier, nouvelliste qui vient de publier 2 recueils intitulés  Courts Lettrages (mais aussi ex-flic -lanceur d’alerte- destitué pour avoir dénoncé certaines pratiques policières) et dont « Pierre à l’estomac » raconte une histoire de vengeance.

Jean-Yves Dupuis pour sa première publication propose un « conte hortico-musical » très original (par son sujet et par son style) autour des « Quatre (herbes) de Provence » menées devant un tribunal de l’Inquisition pour y être jugées dans les années 1200…

Dans la rubrique « Nouvelles sans frontières », une première avec la traduction de l’ouzbek (par P. Nishonov) de la nouvelle de K. Dustmuhammad «  Très Honoré Monsieur le Bourreau » qui revient sur l’invention française du docteur Guillotin et son utilisation de 1792 à 1977 !

Comme souvent en passant d’une nouvelle à l’autre, le lecteur voyage ainsi dans le temps et l’espace.

D’abord avec le belge Christophe Bertiau qui fait revivre « la mémoire de Gucheng »  dans la Chine des empereurs Qin.

Puis avec Jean-Michel Binsse qui rappelle le jour de 1858 où « La Clémence quitte le port » de Pondichéry, marquant ainsi le départ des français de la Compagnie des Indes laissant la place aux anglais de l’East India Company.

Ensuite avec Marie-Pierre Emery dont « L’idiot inutile » rappelle avec beaucoup d’humour et d’ironie les pratiques absurdes qui permettaient d’obtenir (ou non) le permis de conduire à Hanoï dans un Vietnam révolutionnaire.

Et avec Laurent Gagnepain qui dans « L’oubli et le labyrinthe » fait visiter entre l’aleph et le zahir un jardin tout droit sorti d’un conte de J. L. Borgès.

Enfin avec Tarik Hamidouche qui raconte le fragile équilibre à trouver entre les bergers et les loups quand « le sauvage veille encore ».

Donc variété de nouvelles, de nouvelles historiques, de contes… mais aussi de nouvelles brèves avec Anne-Sophie Givry, Lilian Marchand et Clara Monte et même les 3 meilleures micro-nouvelles en 100 mots de l’année 2025 avec Marie Derley, Jo Alguazil et Laurence Cannet

Sans oublier, bien sûr, toutes les informations sur le petit monde de la nouvelle dans le Nouvellaire d’Harfang : recensions des recueils récents, des revues, des prix et concours…

Harfang N° 68, 114 pages 12 €

Chèque à l’ordre d’Harfang

13bis avenue Vauban 49000 ANGERS

 

Gilles DIENST : Le rapide de 9 H 24... un recueil exemplaire... prix Litter'Halles 2026

 Le rapide de 9 H 24, Gilles Dienst, éditions Quadrature, 140 p., 18 €



Pour parler des nouvelles dans un recueil, les comparaisons sont légions : les uns parlent de fleurs dans un bouquet, d’autres de pièces dans un puzzle, de tesselles dans une mosaïque… G. Dienst propose ici un recueil de dix nouvelles composé comme une rame de train !


Le lecteur se trouve donc le 1 juillet 1968, gare de Lyon, voie G pour embarquer dans le train 11049 à destination de Marseille. Il prend place dans un compartiment en compagnie de Julien et Christelle avec leurs parents, de Jérôme et de sa mamie… et de Monique et Jacques qui partent pour une nouvelle vie chargés de deux grosses valises, occupant respectivement les places numérotées de 56 à 63 comme l’indique le plan affiché page 6… Mais peu avant Lyon, un accident se produit, faisant plusieurs morts dont Jacques qui prenant l’air à la fenêtre se retrouve « égorgé par la plaque métallique indiquant qu’il était pericoloso sporgersi dalla finestra » et projetant sur le talus deux valises d’où s’échappent des liasses de billets de 500 francs ! Cette première nouvelle joue le rôle de locomotive derrière laquelle s’accrochent neuf histoires où les personnages passent d’une nouvelle à l’autre (pardon, d’un wagon à l’autre !).

Surprises et rebondissements s’enchaînent. «Promener le chien » peut être source d’accident mais aussi de rencontre. « Passer sous la clôture » pour prendre le bus ou prendre « juste une pause » et se faire la belle permet de fuir l’hôpital ou l’EHPAD. Névroses et fantasmes se multiplient dans la banalité du quotidien : l’un tue le temps à la déchèterie, l’autre à regarder ce qui se passe chez les « voisines ». Et malgré l’âge et les pertes de mémoire, le passé de chacun surgit au hasard : ainsi certains petits secrets de famille sont révélés sur la « Tante Cécile » morte à 19 ans… mais dont le cercueil s’avère être vide ! Dans la dernière nouvelle (pardon, le wagon de queue !), on retrouve Jérôme, jeune lecteur de Tintin au Tibet en 1968 qui 55 ans plus tard reste toujours traumatisé par ce qu’il a vécu : il attend Linda sur le quai de la gare de Dax et devenu écrivain, il attend aussi de trouver les mots justes pour la « dernière page » de son prochain livre.

Voilà un recueil comme on les aime, qui sans imposer la linéarité du roman, offre une grande liberté de lecture. Les jurés du Prix Litter’halles ont eu raison d’attribuer leur Prix 2026 à ce recueil exemplaire, bien composé de nouvelles aussi exemplaires, ne serait-ce que par la surprise devenue rare de vraies chutes, voire de doubles chutes !

Un plaisir à partager.

Joël Glaziou

lundi 4 mai 2026

Coup de cœur... pour les micros de Sylvain GUILLAUMET

 Rêvenons à nous, Sylvain Guillaumet, Éd. des 5 sens, 156 p., 15 €

 Harfang, grand défenseur de la micro-nouvelle en 100 mots dans sa rubrique « 100 mots pour le dire » ne peut être insensible au travail de S. Guillaumet.

 En 2021, son précédent recueil La chance de ne pas en avoir était composé de 250 micro-nouvelles de 1000 caractères. Aujourd’hui avec Rêvenons à nous,  il récidive dans le même format.

Mais peut-on rendre compte de 250 micro-nouvelles en 1000 signes, résumer 250 idées, 250 mini-romans en puissance ? Gageure difficile d’abord en raison de la grande variété des sujets abordés et surtout des tons, des registres, des genres, que listes et énumérations ne peuvent épuiser.

La liste la plus longue serait sûrement celle des chansons et chanteurs (S. Guillaumet, musicien, intervient dans les écoles !) de Gainsbourg « la Javanaise » à Souchon « Foule sentimentale », de Trenet à Brel et Brassens, de Nougaro à Higelin et Barbara, de Ferré à Lavilliers et Leprest…

Puis celle des classiques de Bach à Mozart, de Schubert à Beethoven et Villa-Lobos… celle des poètes de Rimbaud à Guillevic… celle des hommes célèbres de Napoléon à Talleyrand et Robespierre et des moins célèbres de Bossis à Giresse… et celle des sujets d’actualité du Covid au dérèglement climatique, de la guerre en Ukraine à l’invasion des moustiques-tigres…

 Stop… le compte-rendu dépasse déjà les 1000 caractères !

Joël Glaziou


(à lire dans Harfang N° 69, Mai 2026)

mardi 13 janvier 2026

Meilleures micro-nouvelles de l’année 2025

 

        Pour la quatorzième année de notre rubrique « 100 mots pour le dire », la participation a continué sa progression avec une compétition de plus en plus serrée entre les habitué(e)s - qui envoient parfois une micro chaque mois !- et les « primo-micro-nouvellistes » qui sont de plus en plus nombreux.

Pour 2025, notre comité de lecture, élargi pour la circonstance, a établi le palmarès suivant :

D’abord « Sans sang-froid » de la fidèle micro-nouvelliste belge Marie Derley,  arrivée sur la deuxième marche en 2024… ce qui tendrait à prouver que la persévérance finit par payer …

Puis « Concession à perpétuité » de Jo Alguazil

 

Sans sang-froid


Juste avant la prise de sang, garrot serré, bras tendu. Je ne regarde pas, je dis à mon médecin, parce que je ne suis pas à l’aise avec les piqûres et le sang. Moi non plus, je ne suis pas à l’aise, il répond, c’est pour cette raison que, quand je dois piquer, je regarde toujours ailleurs. Abasourdie, je tourne la tête pour regarder la sienne. Les yeux baissés sur mon bras, il rit en silence pendant qu’il pose déjà le confetti de gaze sur le trou.

Très drôle, maugréé-je. Vous êtes vraiment très amusant.

 © Marie Derley (Décembre 2025)

 

Concession À perpÉtuitÉ


En 1918, la famille Dos Santos n’avait pas lésiné pour offrir une sépulture digne à tous ses membres tués par la mitraille allemande ou par le virus de la grippe espagnole. Concession à perpétuité, monument grandiose avec porte en fer forgé et deux chapelles latérales dans le goût néo-gothique. 

En cette veille de Toussaint 2025, les bras chargé de fleurs, j’ai trouvé la porte ouverte et en entrant j’ai été saisi par l’odeur d’oignons frits et par des cris d’enfants… 

La famille Dos Santos, à la rue depuis des mois, avait enfin trouvé un refuge digne de ce nom.

© Jo AlGuazil (Novembre 2025)

Le concours permanent de la meilleure micro-nouvelle du mois est à consulter sous l'onglet "Micro du mois"

Les micro-nouvelles (100 mots maximum avec un titre) sont à poster à l'adresse suivante : 

revueharfang@laposte.net


mercredi 7 janvier 2026

MEILLEURS VOEUX D'HARFANG


 

Harfang 

notre blanche chouette fétiche 

vous souhaite une année 2026

pleine de vie, de joies... et de couleurs !