Le rapide de 9 H 24, Gilles Dienst, éditions Quadrature, 140 p., 18 €
Pour parler des nouvelles dans un recueil, les comparaisons sont légions : les uns parlent de fleurs dans un bouquet, d’autres de pièces dans un puzzle, de tesselles dans une mosaïque… G. Dienst propose ici un recueil de dix nouvelles composé comme une rame de train !
Le lecteur se trouve donc le 1 juillet 1968, gare de
Lyon, voie G pour embarquer dans le train 11049 à destination de Marseille. Il
prend place dans un compartiment en compagnie de Julien et Christelle avec
leurs parents, de Jérôme et de sa mamie… et de Monique et Jacques qui partent
pour une nouvelle vie chargés de deux grosses valises, occupant respectivement
les places numérotées de 56 à 63 comme l’indique le plan affiché page 6… Mais
peu avant Lyon, un accident se produit, faisant plusieurs morts dont Jacques
qui prenant l’air à la fenêtre se retrouve « égorgé par la plaque métallique indiquant qu’il était
pericoloso sporgersi dalla finestra » et projetant sur le talus deux
valises d’où s’échappent des liasses de billets de 500 francs ! Cette
première nouvelle joue le rôle de locomotive derrière laquelle s’accrochent neuf
histoires où les personnages passent d’une
nouvelle à l’autre (pardon, d’un wagon à l’autre !).
Surprises et rebondissements s’enchaînent. «Promener le chien » peut être
source d’accident mais aussi de rencontre. « Passer
sous la clôture » pour prendre le bus ou prendre « juste une pause » et se faire la belle permet de fuir
l’hôpital ou l’EHPAD. Névroses et fantasmes se multiplient dans la banalité du
quotidien : l’un tue le temps à la déchèterie, l’autre à regarder ce qui
se passe chez les « voisines ».
Et malgré l’âge et les pertes de mémoire, le passé de chacun surgit au hasard :
ainsi certains petits secrets de famille sont révélés sur la « Tante Cécile » morte à 19
ans… mais dont le cercueil s’avère être vide ! Dans la dernière nouvelle (pardon,
le wagon de queue !), on retrouve Jérôme, jeune lecteur de Tintin au Tibet en 1968 qui 55 ans plus
tard reste toujours traumatisé par ce qu’il a vécu : il attend Linda sur
le quai de la gare de Dax et devenu écrivain, il attend aussi de trouver
les mots justes pour la « dernière
page » de son prochain livre.
Voilà un recueil comme on les aime, qui sans imposer la
linéarité du roman, offre une grande liberté de lecture. Les jurés du Prix
Litter’halles ont eu raison d’attribuer leur Prix 2026 à ce recueil exemplaire,
bien composé de nouvelles aussi exemplaires, ne serait-ce que par la surprise devenue
rare de vraies chutes, voire de doubles chutes !
Un plaisir à partager.
Joël Glaziou

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