samedi 18 mai 2019

HARFANG N° 54 : autour de Jean-Marie BLAS DE ROBLES

Ce numéro s’ouvre sur un entretien essentiel qui éclaire l’œuvre de J.-M . Blas de Roblès.


Jean-Marie BLAS DE ROBLES (Opale-Zulma)
Toutes celles et tous ceux qui ont découvert son roman Là où les tigres sont chez eux (Zulma, Prix Médicis 2008) et qui ont lu par la suite, L’île du point Nemo en 2014, Dans l’épaisseur de la chair en 2017, Le rituel des dunes en 2019 trouveront dans cet entretien des révélations sur les liens secrets tissés entre ces différents romans et les nouvelles du recueil La montagne de riz (paru en 1982).

Mais J.-M. Blas de Roblès ne se contente pas d’une défense de la nouvelle conçue comme matrice d’une œuvre romanesque, il sait aussi illustrer ses propos avec une nouvelle inédite intitulée « à chaluter ».

Autour de lui, profitant de sa « carte blanche », on retrouve Yahia Belaskri, Belinda Cannone, Luc-Michel Fouassier. Et aussi Laure Leroy, directrice des éditions Zulma, qui parle des traductions et qui offre en primeur une nouvelle, traduite du tamoul, signée Antonythasan Jesuthasan (qui n’est autre que le comédien à l’affiche du film Deephan de M. Audiard) ; intitulée « Friday », elle restitue l’atmosphère du quartier tamoul à Paris. 

Parallèlement, un long entretien et une nouvelle touchante permettent de mieux appréhender l’univers et l’écriture de Christine Van Acker, et aussi ses résidences et ateliers d’écriture.

Enfin, au sommaire de ce riche numéro, il ne faut pas oublier Gilles Paris, l’auteur de la Vie de Courgette… pas plus que la nouvelle « chez les routiers » de Christine Moissinac et les meilleures micro-nouvelles 2018, signées A. Tuscan-Ollier, C. Navelou et J.-M. Renou… et comme toujours les 20 pages du « Nouvellaire » avec toutes les informations sur l’actualité de la nouvelle : parutions, revues, prix et concours…

Harfang N° 54, 100 pages, 12 € (frais de port inclus)

à commander à
Harfang 13 bis avenue Vauban 49000 ANGERS

jeudi 18 avril 2019

Les vieux Harfangs s’envolent aussi au printemps

   Un hiver long et pluvieux, propice aux inventaires parfois fastidieux, nous a permis de constater que de nombreux Harfangs, vieux parfois d’une vingtaine d’années, dormaient en nos greniers.
   Au seuil du printemps, nous souhaitons qu’ils puissent sortir à l’air libre, qu’ils puissent retrouver de nouvelles aires de vie… et nous vous proposons d’en suivre les erres naturelles et d’en adopter quelques uns…
  C’est pourquoi nous offrons un « vol groupé de vieux harfangs » (qu’aujourd’hui certains appellent déjà « vol low cost »)…
 
 
Afin de faire de nouvelles découvertes…
ou de compléter votre collection,
Notez sur papier libre les numéros commandés (entre N° 2 et 52)
(voir liste des numéros en cliquant sur l’onglet   CONTACT  et liste des auteurs sur l'onglet LA REVUE )
et ajoutez un numéro complémentaire
(en cas d’Harfang épuisé avant même l’envol)

 
5 N°   …, …, …, …, ... (+ N° …)        = 20 € (franco de port)
10 N°…, …, …, …, …, …, ..., ..., ..., ... (+ N°…)    = 30 €
15 N°…, …, …, …, …, …, …, …, …, …,
         ..., ..., ..., ..., ...(+N°…)                                     = 40 €
20 N° ..., ..., ..., ..., ..., ...,. .., ..., ..., ...,
..., ..., ..., ..., ..., ..., ..., ..., ..., ...  (+N°...) = 50 €

NOM Prénom    : ………………………………


Adresse              : ………………………....……


Chèque à l’ordre de Harfang,
13bis avenue Vauban 49000 ANGERS

* les nouvellistes publiés dans Harfang peuvent commander
X exemplaires du même numéro où ils ont été publiés, aux mêmes conditions
 

mercredi 2 janvier 2019

MEILLEURS VOEUX POUR 2019


@ D. REMY 92

En 2019
 
de jour comme de nuit,
 
lisez
 
les bonnes
 
nouvelles
 
dans Harfang

jeudi 22 novembre 2018

HARFANG N° 53 : LA SAISON DES PRIX !


Tous les ans, à l’automne, revient le rituel des feuilles qui tombent et des prix littéraires !

Cette année encore, Harfang est au rendez-vous en se faisant l’écho des prix consacrés à la nouvelle.

En commençant bien évidemment par la septième édition du prix de la Nouvelle d’Angers avec un entretien et une nouvelle extraite du recueil primé « Feuilles d’Engadine » de Michelle LABBE qui invite à faire une randonnée sur les hauteurs de l’Engadine.
Suivent les nouvelles des 2 finalistes, avec « Le grand corps nu » de Sylvain MARESCA et « Comme un oiseau sans ailes » de Laurence MARCONI qui offre un peu d’exotisme en nous dépaysant au Laos.
Quant à Emmanuel ROCHE, lauréat 2016, il offre une nouvelle extraite de son nouveau recueil « La grandeur de l’Amérique » (Ed. Paul&Mike) en nous faisant rencontrer Gavin… et Donald Trump quelques jours avant son élection !
Finaliste (malheureux) du Prix Boccace avec son (superbe) recueil « Les attentifs » (Ed. R. Laffont), Marc MAUGUIN nous raconte « la petite vie » d’Hélène…
Enfin pour clore cette saison des prix, Marie SIZUN qui recevra le Prix de la Nouvelle de l’Académie Française début décembre pour son recueil « Vous n’avez pas vu Violette ? »  (Ed. Arléa), nous parle de Lucie dans « elle a presque huit ans »


Ajoutons qu’Alain EMERY nous parle d’Adélaïde dans « les Sandres », Nicolas JAEN continue à évoquer Rimbaud (déjà présent dans les N° 38 et 52) et son « long cil courbe », Soha SAFAÏ met en scène la reine Judith et Lahire dans « Qu’on lui coupe la tête » et Fabrice SCHURMANS raconte Jean Nemo et « l’effet Romy Schneider »…






Mais qu’importe les noms et les prénoms, qu’importe que les personnages soient réels ou imaginaires, qu’importe qu’ils soient connus ou inconnus… Chaque nouvelle est l’occasion de vivre une autre vie !




 
HARFANG N°53, 118 pages, 12 €
13 bis avenue Vauban 49000 ANGERS

Michelle LABBE : Prix de la nouvelle d’Angers 2018 pour son recueil Feuilles d’Engadine

Vendredi 16 Novembre 2018
 à la Médiathèque Toussaint d’Angers
18 h 30

Dans une salle remplie et en présence des principaux partenaires, notamment Mr FOUQUET, adjoint à la Culture, représentant la Mairie d’Angers, F. MULLER, directeur des éditions Paul&Mike…  ainsi que des membres du jury, l’identité de la lauréate a été dévoilée…

Il s’agit de Michelle LABBE, enseignante à la retraite, qui vit entre la Bretagne et la région parisienne et qui partage son temps entre l’écriture et les voyages. Auteur de plusieurs romans et d’un recueil de nouvelles, elle a aussi écrit un essai sur les romans de J. M. G. LE CLEZIO (éditions L’Harmattan).

 
Une brève présentation du recueil "Feuilles d'Engadine" permet de comprendre qu’il s’agit d’une sorte de journal de randonnée, tenu par une même narratrice. Invitant ainsi le lecteur à partir à la découverte de nouveaux lieux et de nouvelles personnes.
L’unité de composition en fait une sorte de « roman-par-nouvelles », où chaque nouvelle est l’occasion d’une anecdote et aussi d’une galerie de personnages appartenant à des milieux différents montrant ainsi les écarts sociaux et culturels entre les habitants, les touristes, les célébrités….
Donc un recueil qui pourrait se lire comme un guide touristique mais teinté de philosophie, de littérature, de sociologie… tout en restant dans un langage et un style très simples, très faciles à lire.
Michelle LABBE pendant sa lecture apéritive
La soirée s’est terminée par une lecture apéritive et une séance de dédicace.


Pour faire plus ample connaissance avec l’auteur, nous reproduisons ci-dessous une partie de l’entretien (dont on peut lire l’intégralité ainsi qu’une nouvelle extraite du recueil dans le N° 53 de la revue Harfang)


 
 
 
 
 
 
Entretien avec Michelle LabbÉ

 D’où vient l’idée d’écrire sur l’Engadine qui est au cœur de votre recueil ?

 M. L. : J’ai souvent trouvé, dans mes lectures : Nietzsche, Proust, Freud, Mann… le nom de Sils‑Maria, d’emblée étrange parce qu’il semblait appartenir à deux langues différentes - en tout cas, pour Proust, nom « deux fois doux ». La région, l’Engadine (selon l’orthographe française) semble introduire une troisième langue, pour nous plus familière, charmante ici par ses sonorités. On pourrait déjà parler d’ambiguïté, de mystère. D’autre part, le lieu, pour les écrivains, les artistes qui l’ont fréquenté, évoque le lointain, la réclusion, le repos tout en suggérant, par le nombre et la renommée de ses visiteurs, un séjour mondain : Gide, Mann, habitués d’un grand hôtel… mais aussi David Bowie, Kristen Steward, habitués du même hôtel… Olivier Assayas joue du paradoxe dans son film Sils Maria en présentant cet hôtel comme le lieu de rencontre d’écrivains, d’acteurs tout en faisant, des hauteurs de la vallée, le séjour du « serpent de Maloja », ce nuage qui, vers le soir, se coule entre les sommets, embrume l’Engadine, et fait se perdre les personnages joués par les clients du prestigieux hôtel.

La quatrième de couverture de La suite américaine, votre recueil précédent, était une invitation à lire les « nouvelles comme un roman ». Donneriez-vous le même conseil aux lecteurs de la « suite de nouvelles » de Feuilles d’Engadine ?

M. L. : Comment lire les nouvelles ? Chacune doit se refermer sur elle‑même mais « l’effet recueil » n’est pas innocent. Même si chaque texte se veut un et différent des autres, la lecture a la liquidité de l’aquarelle. Les couleurs glissent les unes sur les autres. La deuxième nouvelle est encore imprégnée de la première et s’apprête à colorer la troisième. Autant, pour l’auteur, en profiter et désigner le même objet tout au long de son écriture pour cerner une réalité, ici, un lieu, et s’approcher de la cohérence et de l’homogénéité que l’on réclame du roman. Mais on doit aussi se demander si la distinction stricte entre les genres reste pertinente à notre époque, si certains ouvrages, annoncés explicitement en couverture comme romans, (Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue ; Yasmina Reza, Heureux les Heureux ) ne sont pas, par leur division en chapitres et leur changement de personnage‑narrateur, de ton et de point de vue, plus proches du recueil de nouvelles.
Ce qui peut être demandé au lecteur, c’est de considérer le volume comme une suite. C’est ce que j’ai voulu tenter avec Feuilles d’Engadine : donner le sentiment d’une méditation et d’une découverte qui se poursuit de nouvelle en nouvelle.

Dans l’écriture et la genèse du recueil, votre priorité est-elle donnée aux personnages (rendus vivants par de petites anecdotes) ou au lieu, l’Engadine (que l’on pourrait considérer aussi comme le personnage principal) ?

M. L. : Dans ce recueil, je crois que l’Engadine devient le personnage principal, une sorte d’entité vibrant de son mystère et de sa beauté, de ses couleurs, de ses parfums : le turquoise des lacs, la neige des cimes, les fleurs sur les pentes, les forêts. Nietzsche appelait la vallée « l’Ile Bienheureuse » comme si elle était isolée du reste du monde, un être à part entière doté d’une sorte de vertu du bonheur ; deux petites îles du lac de Sils s’appellent également « Les Bienheureuses ». Un certain anthropomorphisme est né spontanément du charme puissant reconnu à la vallée, capable des plus languissantes douceurs et des pires tempêtes, de grandes solitudes et de pavanes dans les lieux chics. Mais l’Engadine est aussi évolution: nouvelles constructions attirant des couches sociales plus modestes, nouveau téléphérique permettant de se rendre rapidement sur les hauteurs pour des randonnées en altitude, nouvelles activités proposées, kite-surf ou cross‑country pour les plus jeunes ou marches nordiques pour d’autres. Cependant, les responsables de la région sont attentifs à préserver la beauté et la spécificité des lieux, sports d’été respectant la nature, ski et patinage durant le long hiver. L’Engadine perdure, change et se découvre. Le flux des visiteurs n’entache pas son charisme.

Auteur de plusieurs romans et récits, que représente pour vous le choix de la nouvelle ?

 M. L. : Le choix de la nouvelle répond au désir de travailler sur de petites unités, d’essayer de ciseler pour un effet final, d’exprimer un sentiment, une émotion dans un espace restreint et sur un thème restreint, et, éventuellement, d’une nouvelle à l’autre, changeant totalement de point de vue, de varier l’emprise qu’on tâche d’avoir sur les choses de la vie. On peut aussi jouer sur les sens de « nouvelle ». Écrire une nouvelle peut s’entendre comme donner des nouvelles d’un lieu et de ceux qui y vivent…

Suite de l’entretien et nouvelle de Michelle LABBE à lire dans Harfang N° 53, 10 €
Feuilles d’Engadine, Michelle LABBE, éditions Paul&Mike, 112 p., 10 €

 

 

mercredi 7 novembre 2018

Remise du Prix de la Nouvelle d'Angers 2018


L’été s'est terminé avec le vote des 23 juré(e)s pour départager les 3 recueils finalistes. Lors de cette réunion finale, après échanges et discussions, c'et le recueil intitulé « Feuilles d'Engadine » qui l'a emporté. Son auteur est une nouvelliste que nous vous invitons à  rencontrer lors de la remise du Prix qui se déroulera
le vendredi 16 novembre à la Bibliothèque Municipale d’Angers
(à 18 H 30, entrée libre)
L'automne est là... et les premières Feuilles d'Engadine tomberont alors des presses des éditions Paul&Mike.

Jour où le N° 53 de la revue Harfang, en grande partie consacré au Prix 2018, sortira également, permettant de faire connaissance avec la lauréate (grâce à un entretien) et les 2 autres finalistes (avec une nouvelle extraite de leur recueil).

Le respect de l’anonymat étant une de nos règles, la transparence en étant une autre, chacun pourra découvrir aussi la liste des 28 « nominés », des 14 sélectionnés et des 111 participants ainsi que des 23 juré(e)s (notamment avec un entretien et une nouvelle d’E. Roche, lauréat 2016, qui publie un deuxième recueil "La grandeur de l'Amérique" et qui passe ainsi le relais).

Que tous soient ici remerciés.

jeudi 28 juin 2018

PRIX DE LA NOUVELLE D'ANGERS : plus que 3 finalistes !


En février, quand la compétition commença, nous avions enregistré 111 recueils.
Et au fil des jours, des semaines et des mois, les 6 groupes de lectrices et de lecteurs ont lu, relu, échangé, discuté, comparé… et par les tris et les filtrages successifs ont tout d’abord « nominé » 28 recueils, puis ils en ont « présélectionné » 14… pour ne retenir que 3 recueils « finalistes » !

Les 3 nouvellistes ont été informés… mais il leur faudra encore être patients et attendre le début du mois de septembre pour savoir lequel d’entre eux montera sur la plus haute marche pour recevoir les lauriers !

D’ici là, les 23 personnes qui composent le jury final devront au cours de l’été choisir entre les  recueils dont les thématiques abordées, les compositions et les styles sont très différents… Que le meilleur gagne !

D’ores et déjà les finalistes sont assurés de voir une nouvelle extraite de leur recueil publiée dans le N° 53 de la revue Harfang qui sortira le jour de la remise du Prix, le vendredi 16 novembre 2018 et où l’on pourra lire un entretien avec le (ou la) lauréate.

Ainsi nous espérons faire partager nos plaisirs de lecture. C’est dans ce même esprit que chaque participant recevra, fin novembre, un exemplaire du recueil primé (et publié aux éditions Paul&Mike).

Avant même la fin de cette belle compétition (rappelons que ce prix est le seul qui récompense un recueil sur manuscrit), que les 111 participants soient ici remerciés.

 

mercredi 27 juin 2018

COUPS DE COEUR POUR L'ETE : JAUFFRET, MAUGUIN, PUJOL


Avant de boucler la valise ou le sac à dos, n’oubliez pas de glisser un recueil ou deux, en pensant aux heures de transport dans le train, l’avion ou le bateau, aux moments de pause sur le sable ou sur l’herbe au bord d’un chemin… Et recueillez-vous à l’ombre d’un arbre ou d’un parasol ! Selon votre humeur et la couleur du ciel, Harfang vous propose ses coups de cœur pour l’été : du noir avec Régis Jauffret au rouge avec Véronique Pujol en passant par une palette de toutes les couleurs avec Marc Mauguin… et Edward Hopper.

Bon été et bonnes lectures !

Microfictions 2018, Régis Jauffret, Gallimard, 1024 pages, 25 €
Même si le mot « roman » est écrit sur la couverture, il s’agit bien de 500 « microfictions » de deux feuillets maximum (comme pour le premier volume de Microfictions paru en 2007). L’on sait bien que les notions de genre, les appellations sont souvent de simples étiquettes sur un emballage. Roman donc, mais aussi fragments de vies et nouvelles du monde d’aujourd’hui.
L’essentiel est que l’ensemble ainsi constitué offre un tableau  exceptionnel de notre société contemporaine à travers des récits de vie, tous écrits à la première personne, alternativement masculine ou féminine. Cette collection de « curriculum vitae » concurrence à la fois les registres d’état civil, les pages blanches de l’annuaire téléphonique (il est d’ailleurs classé par ordre alphabétique des titres d’Alexandre Crémeux à Xavière Téton) et le dictionnaire des personnages de la Comédie Humaine de Balzac… qu’il faudrait simplement rebaptiser « tragédie humaine » en raison de la noirceur accumulée d’un bout à l’autre.
Car toutes les vies y sont ratées, contrariées, empêchées.
Tout y est misérable qu’il s’agisse de travail, d’argent ou de sexe. Tout y est maladie (comme dans « Papa cancer » ou « Moi le sein, lui la prostate »), crime (« Poisson pané ») et perversion (« Vendredi sodomie » ou « Nuit de Walpurgis »).
Tout y est violence quotidienne dans la société, au bureau, en famille où se succèdent suicides, infanticides…
On ne peut qu’être perturbé par la noirceur du propos et en même temps on ne peut être qu’admiratif devant la prouesse qui réside sans doute dans le style parfaitement maîtrisé à la fois dans chaque texte écrit au couteau, creusant la vie et les chairs dans les moindres détails et aussi dans l’impression d’unité qui se dégage de l’ensemble dont la lecture ne peut laisser indemne.
  Joël Glaziou


Les attentifs, Marc MAUGUIN, Collection « Les Passe-murailles », Robert Laffont, 192 pages, 18 €

 Avec ce recueil, M. Mauguin inaugure une nouvelle collection qui se propose de mettre des mots « entre rêve et réalité » sur des tableaux, des photographies ou des films…
Il a choisi 12 tableaux du peintre américain Edward Hopper (1882-1967). Tableaux que chacun a en mémoire et que chacun croit connaître. Mais ici ils sont revisités. Car les personnages, souvent des femmes, se mettent à vivre sous nos yeux. Souvent figés sur la toile comme dans un arrêt sur image,  on les voit s’animer comme dans un film, on découvre leurs sentiments, leurs émotions, leurs sensations, leurs attentes. D’où le titre peut-être puisqu’ils sont tous sens en alerte, en attente d’une suite. Peu à peu leur histoire se révèle en développant un détail de leur vie passée ou en dévoilant ce qui se cachait derrière l’image instantanée du présent. Un détail au « second plan » d’un paysage ou d’un décor intérieur pouvant devenir l’élément central au « premier plan » de la nouvelle.
Chaque tableau pourrait alors n’être qu’un « pré-texte » mais les mots n’en sont ni la traduction ni la trahison. La réussite de ce recueil est d’avoir été au-delà en proposant une analyse psychologique et sociologique de l’Amérique des années 1930-1960. Ce qui aurait pu être un jeu de miroir entre image et texte, simple plaisir de lecture, divertissement léger, devient plus grave -sans aucune lourdeur ni didactisme- en informant sur la situation sociale et en interrogeant sur les drames vécus par chacun. Entre grave et léger, chaque tableau invite à pénétrer un aspect de la vie américaine, de la vie d’un homme, d’une femme avec ses interrogations, ses drames quotidiens à travers divorces, départs, abandons, fuites... Devant l’extrême variété des sujets abordés, l’unité de cette suite est assurée par certains personnages récurrents. On passe de la nostalgie pour une femme à sa fenêtre quand le passé revient (dans « Lointain ») à la jalousie pour celle qui repense à sa vie (dans « Ombre portée »). On passe de l’hypocrisie face aux codes et aux convenances d’une société (dans « Premier plan ») aux interrogations sur la vieillesse, la maladie (dans « Contraste » et « Empâtement ») et la pensée de la mort (dans « Cadres »).
M. Mauguin réussit là une belle galerie de portraits qui transporte le lecteur au cœur de l’Amérique du XXe siècle.

Joël Glaziou

 
Sanguines, Pascale Pujol, Quadrature, 96 pages, 15 €

Si les mots fleurissent quand il s’agit de parler des règles, menstrues, lunes et autres fleurs rouges arborées par les femmes chaque mois, P. Pujol a choisi de parler de « sanguines », mot riche de sens et de sang. Et d’en parler sans tabou en utilisant différents registres et tonalités pour mieux s’adresser à tous les gen(re)s, pour mieux montrer comment les femmes mais aussi les hommes appréhendent cette réalité cachée, souvent refoulée.
Si certaines attitudes relèvent de pratiques occultes proches de la « magie rouge » où Vénus est invoquée pour séduire un homme, proches des « délires ésotériques » chez trois colocataires qui cochent leur calendrier mens(tr)uel en attente de vérifier « l’alignement des planètes » ou encore proches des rituels d’initiation ou de « passage » lorsqu’on se transmet de mère en fille « la boîte à secrets », d’autres attitudes vérifient encore la permanence de tabous lorsqu’un simple « vernis à ongles » sur les doigts signifie l’interdiction de toutes relations sexuelles. Et « la coupe est pleine »  lorsque les membres  (tous plus sexistes et machistes que les autres) d’un conseil de direction d’une entreprise essayent de trouver les meilleurs moyens d’écouler leur production de serviettes périodiques.
Mais les plus nombreuses enfreignent ou renversent les interdits, préjugés, codes et autres « règles » sociales habituelles. Ainsi lorsque les hommes, ces « messieurs Ragnagnas » se retrouvent au rayon de l’hygiène féminine dans une grande surface. Quand un jeune homme décroche son premier emploi dans la société « Lady net » spécialisée dans le nettoyage des toilettes féminines. Enfin quand un médecin, tout en discutant autour d’un « samovar », fait changer d’avis une jeune femme venue pour avorter avant son mariage.
Sanguines est bien ce mot juste, ce fil rouge qui permet d’enchaîner sans lourdeur les données biologiques, sociales, économiques qui traversent ces douze « tableaux »… sans oublier -last but not least-  la donnée esthétique quand on désigne ainsi quelques œuvres sur papier qui n’ont jamais si bien porté ce nom et qu’on présente pudiquement sous l’appellation de « technique mixte » !
Sanguines : un recueil à lire sans modération et à mettre entre toutes les mains… sans aucune protection.  
Joël Glaziou