dimanche 12 juin 2022

BELLE SOIREE NOUVELLES à LA BM d'ANGERS

  A la Bibliothèque Municipale Toussaint, vendredi 10 juin, nous avons assisté à une belle "soirée nouvelles"  qui s'est déroulée en trois temps...

D'abord avec la remise (différée depuis novembre 2020) de la huitième édition du prix de la Nouvelle en présence de la lauréate Viviane CAMPOMAR qui a lu des extraits de la nouvelle qui donne son titre (prémonitoire ?) au recueil "J'irai mourir à Odessa" (publié aux éditions Paul&Mike). 

Viviane CAMPOMAR lisant "J'irai mourir à Odessa"
Photo. A. M

Ensuite avec la table ronde où V. Campomar (Prix 2020), S. Dubin (Prix 2010) et E. Roche (Prix 2016) ont pu parler de leur recueil respectif, de leurs projets de recueil ou de roman, du passage de la nouvelle au roman  et des difficultés de passer du court au long...

Table ronde avec S. Dubin, E. Roche, V. Campomar 

Photo A. M

Enfin, avec la présentation et la lecture des micro-nouvelles (en 100 mots) extraites du Harfang Hors Série N° 13... histoire de terminer en beauté et de fêter les 30 ans d'Harfang ainsi que les 10 ans du blog et de la rubrique mensuelle "100 mots pour le dire".


 

vendredi 10 juin 2022

Un Hors Série pour fêter HARFANG

 

Pour fêter les 30 ans de la revue Harfang… mais aussi les 10 ans du blog et de notre rubrique de micro-nouvelles, nous avons pensé qu’un numéro spécial mettant en avant nos spécificités serait le meilleur cadeau à offrir à nos auteurs et nos fidèles abonnés et autres lecteurs occasionnels.

Dans un premier temps, fidèle à notre volonté de suivi des auteurs, nous avons demandé aux lauréats des 8 éditions du Prix de la nouvelle d’Angers de nous livrer une nouvelle ainsi qu’une micro-nouvelles inédites et de répondre à un questionnaire commun. Toutes et tous ont répondu « Présent ! » : P. Chauvin-Glonneau, M. Bénard, S. Dubin, M. Pontacq, E. Granet, E. Roche, M. Labbé, V. Campomar.





Dans un deuxième temps, nous avons lancé un Prix spécial de la micro-nouvelle et demandé aux auteurs des micro-nouvelles publiées sur le blog depuis 10 ans de nous adresser une micro de 100 mots maximum. Sur les dizaines que nous avons reçues, notre comité a choisi d’en publier 7 qui figurent dans ce numéro : R. Bobée, O. Bonhomme, F. Cosmos, G. de Grissac, S. Lida, J.-Y. Robichon, M.-A. Tuscan Ollier.

Enfin, cerise sur le gâteau d’anniversaire, le numéro sera présenté lors d’une « soirée-nouvelles »  à la Bibliothèque Municipale Toussaint à Angers le vendredi 10 juin à 19 heures (entrée libre) et sera l’occasion d’une mini table ronde avec Viviane Campomar (Prix 2020), Emmanuel Roche (Prix 2016) et Sylvie Dubin (Prix 2010)

 

HARFANG Hors Série N°13 100 pages, 10 €

(Chèque à l’ordre d’Harfang à adresser à Harfang 13bis avenue Vauban 49000 Angers)

   


lundi 30 mai 2022

HARFANG N°60 : 10 nouvelles, 3 micros pour fêter les 30 ans !

 

Avec ce soixantième numéro, Harfang fête ses 30 ans au cours desquels plus de 600 nouvelles signées par plus de 450 nouvellistes ont été éditées. Pourtant, pas de gâteau ni de cerise, pas de bougies non plus… Rien d’autre que des nouvelles, des nouvelles et encore des nouvelles.

D’abord, celles de ce numéro. Choisies par notre comité parmi les centaines qui nous sont parvenues tout au long de l’année 2021, elles ont toutes été écrites pendant ou après ces temps propices à l’écriture pour certains, toutes cependant sont « garanties sans Covid » pour parler d’autre chose que de virus et de confinement.  Signalons qu’il s’agit d’une première publication pour la plupart : « La véritable histoire de Martin Eden » de C. Baud, « Le moulin  d’Alphonse Daudet » de T. Juncker, « La mer » de F. G. Martin… La découverte de nouveaux auteurs à travers la lecture est toujours un moment même si cela ne remplace la rencontre et l’échange, comme nous le proposons habituellement dans nos pages… Pouvons-nous oublier que depuis deux ans, nous avons été privés de rencontres dans les salons du livre, les festivals, les bibliothèques et les librairies.

   Ensuite, toujours soucieux de diversification à travers nos rubriques habituelles : avec « Rencontre avec un éditeur » nous vous proposons de découvrir les éditions Zonaires en compagnie de son directeur P. L’Ecolier et de F. Trigodet qui offre une nouvelle de son prochain recueil et avec « Nouvelles sans frontières » nous offrons une « première » : une nouvelle traduite du malgache de S Andrimananjarra. 

   Enfin, nous y ajoutons, comme tous les ans, les trois meilleures micro-nouvelles de l’année 2021 sous la plume de J.-M. Binnse, F. Cosmos et P. Serrier.

 

Harfang N° 60, 108 pages, 12 €

13 bis avenue Vauban 49000 ANGERS

jeudi 21 avril 2022

COUPS DE COEUR DE PRINTEMPS : JAUFFRET, ROCHE, SIZUN

 


Microfictions 2022, Régis Jauffret, Gallimard, 1026 pages, 26 €

Après Microfictions 2007, puis Microfictions 2018  (Goncourt de la Nouvelle 2018 ; lire Harfang N°52), voici le troisième tome, composé comme les précédents de 500 microfictions de deux feuillets, classées par ordre alphabétique des titres de « Applaudir la France »  à « Zibeline ».

Belle constance sous la plume acérée de R. Jauffret qui ne faiblit  pas, sans doute à un rythme de 2 ou 3 textes par semaine. Il est vrai que les sujets sont inépuisables : il suffit d’écouter, de regarder le monde autour de soi ; il suffit de lire les faits divers dans la presse, de consulter les mains courantes dans les commissariats, de fouiller dans  les poubelles des hôpitaux… Même la tête sous la couette, on ne peut se « débarrasser de la réalité » (p. 80). La réalité fournit le matériau, l’imagination vient ensuite donner forme et force à la fiction.

Certes il s’agit de photographier le monde comme il va, la grisaille des vies quotidiennes qui s’épuisent. Mais il s’agit aussi de noircir le trait, d’exagérer les détails, de provoquer. S’attardant à décrire avec délectation les travers de nos contemporains. Montrant ainsi qu’il s’agit d’une fiction dans laquelle on peut se regarder, se retrouver -à défaut de se reconnaître vraiment- comme dans un miroir.

Mais tout cela, à quelle fin ? Car loin de toute tentation moralisante, s’agit-il seulement de réfléchir ou de faire réfléchir… ? En raison de l’actualité, ces nouvelles du monde seraient-elles encore plus noires que les précédentes ? Peut-être… quand, outre les maladies, les viols, les tortures, les meurtres, les suicides, les infanticides, les féminicides qui se succèdent au quotidien, il y a aussi les terrorismes, les guerres, les violences de la nature, les violences sociales et les épidémies qui nous dépouillent encore un peu plus de notre humanité, avec des morts enterrés à la va-vite, des cendres dispersées au vent…

S’il est difficile de rendre compte de la diversité de cette foule composée de femmes et d’hommes anonymes, ces 500 petites nouvelles sur la vie quotidienne de nos contemporains sont à lire comme 500 concentrés de noire violence  et comme autant de romans en puissance de notre triste tragédie humaine.

A lire... peut-être à petites doses pour que ces "microfictions" nous immunisent contre les violences de la réalité. 

 


Spiaggia, Emmanuel Roche, Paul&Mike, 216 pages, 15 €

Nous avons salué ici l’unité d’Un piano à la Nouvelle-Orléans (Prix de la Nouvelle d’Angers 2016) et la densité de La grandeur de l’Amérique (2018). En quittant l’Amérique pour l’Italie, E. Roche avec Spiaggia réussit cette fois la prouesse d’un recueil encore plus unifié et plus dense. D’abord l’unité de temps et d’espace... Pendant l’été 1959, un tour d’Italie de plage en plage, de San Remo au Lido à Venise : celui réalisé à bord d’une Fiat Millecento par Pier Paolo Pasolini (en compagnie du photographe Paolo di Paolo), chacune des douze nouvelles étant précédée d’une citation de son journal de bord (publié sous le titre de La longue route de sable, Arléa, 2004).

Ensuite la densité de tous les éléments qui viennent s’entrecroiser et donner vie aux multiples rencontres que l’écrivain-cinéaste « promeneur aux cheveux noirs et aux joues creuses» et son photographe font au cours de leur périple. Descriptions géographiques et poétiques des « spiaggias », des plages ; allusions à la situation historique et sociologique de l’Italie des années 50-60 ; portraits hauts en couleurs et non dénués d’humour des jeunes italien(ne)s qui rêvent de devenir vedettes de cinéma, simples figurants ou scénaristes, mais aussi de jeunes français(e)s en vacances oubliant la guerre d’Algérie ; références cinématographiques à travers la présence de nombreux réalisateurs de L. Visconti à F. Fellini ou littéraires avec l’évocation de Dante, d’Annunzio ou Cesare Pavese ; sans oublier l’ambiance musicale en toile de fond, celle de la trompette de Chet Baker ou celle des juke-box qui déversent les succès de Paul Anka, Adriano Celentano, Dean Martin ou Elvis Presley… (la bande-son accompagnant descriptions et dialogues devenant une évidence pour restituer l’atmosphère). 

Pour notre plus grand plaisir, E. Roche ressuscite l’Italie de  1959 en nous plongeant dans l’Italie de P. P. Pasolini. Et cela avec un minimum de mots, mais un maximum de sons, de sens, de sensations, de vies…

A lire pour avoir un avant goût de l'été...

Joël Glaziou

 

(Lire entretien et nouvelles d’E. Roche sans  Harfang N° 49 & 53)

 

Les petits personnages, Marie Sizun, Arléa, 260 p., 20 €

Marie Sizun a raison : on ne prête pas assez attention aux « petits personnages », ces personnages secondaires de cinéma, de théâtre, de roman… et aussi à ces silhouettes minuscules qui l’ont fascinée sur certains tableaux devant lesquels on passe souvent sans s’attarder. Elle en a sélectionné trente et un (principalement entre 1830 et 1920 : Caillebotte, Ensor, Monet, Vallotton…), les a observés de près, s’est penchée sur les détails et leur a redonné dans ce recueil leurs « lettres de noblesse ». Car qu’il s’agisse de Johanna, la « dame en bleu » des Très riches heures du Duc de Berry ou qu’il s’agisse de deux promeneurs qui dialoguent sur la « grève blanche » de F. Valloton, ils ne sont pas là par hasard : le peintre en les plaçant a voulu équilibrer sa composition, a voulu donner vie à un paysage trop figé… mais la silhouette à peine esquissée dans un éternel présent lui échappe et l’imagination de chacun l’anime aussitôt, lui attribue un passé, un avenir, lui invente une histoire, un destin. Ainsi le peintre révèle une narration qui n’est qu’un « pré-texte » que l’écrivain n’a plus qu’à développer. Ce sera une nouvelle qui saisit un instant crucial dans la vie d’un homme ou d’une femme, l’instant où le regard de « la femme du meunier » rencontre le regard de son apprenti (dans un tableau de N. Garstin, 1901). Cela pourrait être un embryon de roman racontant « l’histoire d’une petite fille mal aimée, née on ne sait comment ni pourquoi d’un couple mal assorti » (dans « La promenade sur le port du Pouliguen » d’E. Vuillard, p. 119).  

S’attarder sur ces personnages qui ne sont pas au centre des tableaux est aussi pour M. Sizun l’occasion de poursuivre ses sujets de prédilection pour les femmes solitaires, mal mariées, aux vies empêchées dont elle a souvent fait le portrait en demi-teinte dans ses romans (où chaque couverture renvoie déjà à un tableau) : lingère ici, couturière là. Ainsi cette domestique dans la « fenêtre sur cour » saisie par Hammershøi (déjà présent sur la couverture d’Un léger déplacement). À travers ce « recueil-exposition » et ces trente et une « fantaisies » qui font la part belle à l’imagination, le lecteur plonge dans des vies pleines de drames et de violences, de tendresses et d’amours.

A lire pour retrouver les "petits personnages" qui passent au second plan dans les paysages, dans les tableaux et dans la vie quotidienne

Joël GLAZIOU


(Lire entretien et nouvelle de Marie Sizun sans  Harfang N° 53)

 

       

mardi 4 janvier 2022

Bonne Année... Bonnes Nouvelles & Bonnes Lectures

 

En ces temps difficiles, les bonnes nouvelles sont rares... mais certaines sont porteuses d'avenir. 

Ainsi ces deux chouettes aux sequins brillants et colorés, sans masque ni virus, nous ont été adressées par deux jeunes lecteurs : Marie et Clément...

Alors merci à eux. 

Bonne Année... Bonnes nouvelles et bonnes lectures !


 Notamment, ne manquez pas les micro-nouvelles du mois, désormais à lire sous l'onglet "Micro du mois" en haut à gauche)

dimanche 5 décembre 2021

LE 59e VOL D'HARFANG

Un Harfang dans le sapin de Noël ? Pourquoi pas… La chouette des neiges est une habituée des sapins nordiques et fait partie du paysage. Alors en cette fin d’année 2021, qu’on soit sur les pistes enneigées ou sous la couette, un harfang est toujours une bonne compagnie pour passer un bon moment !


Alors d’escale en escale, on peut se plonger dans l’Histoire ou la littérature, la peinture, la musique, on peut voyager dans le temps et dans l’espace… quand V. Bouyx nous brosse le portrait de « réfugiés climatiques » dans le Paris d’aujourd’hui, J.-C. Tardif évoque l’Espagne du franquisme et du terrorisme et constate finalement que « Netchaïev ne revendrait pas, sa 2 cv était trop vieille pour passer les Pyrénées ».Quand S. Bourguignon évoque « le nom d’un fou s’écrit partout » à travers la figure de Fernand Deligny, A. Emery retrouve le jardinier de Cézanne et nous rapporte sa « légende »

Voyager dans le temps, c’est aussi revenir sans cesse vers l’enfance comme le fait D. Grard avec Moby Dick « le livre » qui en a marqué plus d’un ! Comme le fait D. Masson avec un nocturne joué au piano « da capo » (après le « coda » à relire dans le Harfang N° 56). Comme le font enfin M. Carminati avec « l’enfant qui voulait compter » et J. Verhaeghe pour commémorer le triste « anniversaire »…

Outre notre harfang des neiges fétiche, on  peut croiser d’autres volatiles, notamment «le vautour et l’enfant » de R. Mounaged ainsi que  le « busard Saint Martin ( circus cyanus) » de P. Serrier qui vient par hasard rappeler le souvenir de Violette.

Douze nouvelles (courtes pour la plupart, 4 ou 5 pages) à lire avant les 12 coups de minuit !

Harfang N° 59 102 pages 12 € Chèque à adresser à Harfang 13 bis avenue Vauban 49000 Angers

 

mercredi 30 juin 2021

Que lire cet été : romans ou/et nouvelles ? (bis)

 


Il y a 6 ans (en juillet 2005) nous écrivions déjà ceci : « Les ouvrages récents de Cavailles, Jauffret, Mauvignier, Quignard, Thobois et quelques autres sont-ils des romans (comme l’indiquent les couvertures)… ou bien des longues nouvelles isolées… ou encore des recueils de nouvelles ? Autrement dit, le lecteur peut-il se fier aux étiquettes… »

Cette année, nous récidivons avec un copier-coller ou presque : « Les ouvrages récents de Frappat, de Kerangal, Dieudonné, Malte… et quelques autres sont-ils des romans (comme l’indiquent les couvertures…ou bien… ?  »

Mais l’essentiel n’est peut-être pas dans l’étiquette, parfois imposée par l’éditeur pour des raisons commerciales… L’essentiel n’est sans doute pas plus dans le genre…

Pourrait-on alors se fier aux dictons quand ils assurent que les petites nouvelles font les grands romans comme les petits ruisseaux font les grandes rivières (ou comme disent les anglais, les grandes rivières font les grands fleuves) ?

Examinons donc de plus près quelques cas récents.

 


Commençons avec
Le Mont Fuji n’existe pas d’Hélène Frappat (Actes Sud, 240 p., 20 €)

« Le mont Fuji n’existe pas », c’est ce qu’affirme un personnage car le brouillard persistant le dissimule au regard. Brouillard qui pourrait bien dissimuler aussi les différences entre réel et imaginaire. Et aussi toute différence entre roman et recueil de nouvelles… Car les 14 chapitres de ce qui s’annonce comme « roman » sur la couverture, sont autant de nouvelles (certaines ayant été publiées comme telles antérieurement) et peuvent être lues de manière indépendante. Et parallèlement, les 14 chapitres sont autant d’embryons de romans, avec parfois un fil rouge secret qui les relie entre eux.

Certes H. Frappat n’est pas la première à montrer que la notion de genre en littérature est floue, que « les frontières opaques deviennent poreuses » (p. 116) et que les différences peuvent être dissimulées au regard du lecteur.

Mais cela n’est qu’une des caractéristiques de cette « mosaïque » intéressante à plus d’un titre. L’intérêt résidant entre autres dans les différences situations qui illustrent la genèse de la création littéraire. Ainsi certains personnages fictifs empruntés à des romans ou des films et même aux romans antérieurs écrits par l’auteur (notamment Inverno, 2011) sont réutilisés pour la fabrique du roman qu’Agathe projette d’intituler « Le mont Fuji n’existe pas ». Inversement, certaines personnes réelles se métamorphosent en personnages et viennent alimenter le roman en gestation. Brouillant ainsi les pistes où il est difficile de « faire la différence entre Maria Grazia et Irène, comme si la réalité avait, non pas dépassé la fiction, mais avait été précédée –inventée même ? – par elle » (p. 210).

Le lecteur se trouve ainsi plongé au cœur de l’écriture du roman, dans la tête de l’auteur et voit comment il choisit, ajoute, retranche… comment il improvise, au sens musical du terme, aussi bien les éléments de la narration que les ressorts psychologiques de ses personnages.   

Finalement peu importe qu’il s’agisse de roman ou de nouvelle, peu importe l’étiquette, peu importe le genre, l’essentiel étant le plaisir à pénétrer à petits pas dans le laboratoire secret d’un écrivain.

 

Continuons avec Canoës de Maylis de Kerangal (Verticales, 176 pages, 16,50 €)


Chez M. de Kerangal, les récits courts ont souvent vocation à générer d’autres textes plus longs (ainsi la nouvelle « Cœur de nageur pour corps de femme compatible » parue en 2007 est l’embryon du roman Réparer les vivants en 2014) ou à essaimer à partir d’un noyau central comme c’est le cas ici avec la longue nouvelle « Mustang » autour duquel gravitent sept autres « récits » qui forment un « recueil-ensemble » pour reprendre la formule de Marcel Arland ou qui pourraient composer un « roman en pièces détachées » selon les propos de M. de Kerangal en quatrième de couverture. Ceci montrant que toutes ces appellations sont possibles et que les frontières entre les genres sont, là aussi, très poreuses.

Cependant les pièces en question sont plus attachées que détachées et l’impression générale qui se dégage est celle d’une grande unité d’écriture, de composition et de thématique.

D’abord parce que chaque nouvelle s’articule autour d’un « je » féminin : procédé rarement utilisé par l’auteur et qui revêt parfois une haute teneur autobiographique (notamment lorsque la narratrice raconte dans « Mustang » sa difficile adaptation à l’american way of life dans un coin du Colorado).

Ensuite, des mots (entre autres les « canoës » qui dérivent d’un texte à l’autre) et des motifs (notamment ceux liés à la voix, celle des présents et des absents, celle des vivants et des morts) reviennent en écho, se reliant entre eux en un réseau de sens et de sensations. Ainsi la nouvelle « Nevermore » est une remarquable réflexion sur la lecture à haute voix (tout enseignant devrait le proposer à ses élèves et étudiants). D’autres nouvelles sont parsemées d’objets de la vie quotidienne : appareils radio, appareils photo, portables ou encore  la Ford Mustang ou le révolver, décrits avec une grande précision, qui sont à lire comme des signes tirés d’une certaine mythologie présente dans les films américains.

Ces descriptions d’objets, de sensations et surtout de corps, omniprésents ici comme dans tous les ouvrages précédents, sont peut-être la marque de fabrique de l’auteur. Signes d’une grande cohérence et d’une continuité dans l’œuvre qui se construit sans se soucier des appellations et des frontières entre les genres.

 

Enfin, concluons avec Kérozène d’Adeline Dieudonné (L’iconoclaste, 271 pages, 20 €)


Présenté comme roman, proche de ce que Jean-Noël Blanc appelait naguère « roman-par-nouvelles » avec une grande unité de temps et de lieu, proche aussi des films à sketches à la mode dans le cinéma italien des années 60, avec une certaine dérision sur des personnages dont la vie déraille souvent et pour qui le hasard permet qu’advienne ce qui semble le plus improbable.   

Après cinq pages de préambule qui se présentent comme un récit-cadre (toutefois, ce n’est ni les 1001 nuits avec le récit de Shéhérazade, ni le Décaméron de Boccace !), ce sont treize chapitres qui sont autant de nouvelles (le chapitre intitulé « Chelly » a été publié en 2017 comme nouvelle) où l’on apprend tout sur les personnes qui vont se croiser dans une station-service entre 23 h 12 et 23 h 14. D’ailleurs, tout est résumé dans  la quatrième de couverture : « Une station-service le long de l’autoroute [...]  Ils sont quinze à se croiser, si on compte le cheval et le cadavre planqué à l’arrière d’un gros Hummer noir ».  

Rien de nouveau dans le sujet et la composition qui ne sont pas sans rappeler Chroniques d’une station-service d’Alexandre Labruffe (Verticales, 2019) ou bien encore Aires de Markus Malte paru début 2020 chez Actes Sud, présenté comme un « roman-choral » dont l’intrigue pourrait se résumer ainsi en quatrième de couverture : « 13 personnages, sans lien entre eux, roulent sur l’autoroute et font des arrêts sur ses aires. On apprend des bribes de la vie de chacun d’eux, mais rien ne nous permet de deviner le fil qu’ils ont en commun… »

 

Après examen de ces quelques échantillons, si l’on me demandait avant d’embarquer pour l’été, ce que je vais emporter dans mon sac à dos : « Roman ou recueil de nouvelles… ? », je répondrais assurément : « les deux, mon Capitaine ! »… en me souvenant que je ne me posais pas ce genre de questions lorsque je lisais naguère les nouvelles « enchâssées » dans les romans picaresques ou dans Jacques le Fataliste de Diderot.

Joël GLAZIOU