dimanche 3 janvier 2021

MEILLEURE ANNEE 2021 !

 Conjuguons les bonnes  nouvelles (et aussi les mauvaises) avec les souhaits de notre chouette fétiche Harfang :


Que ce NOUVEL AN 2021 annonce un NOUVEAU MONDE (c'est le titre de la micro nouvelle de Dorothée Coll à lire ci contre ! ) et de NOUVELLES VIES  

Que les nouvellistes, les lecteurs et les éditeurs puissent se rencontrer et échanger lors des salons, des animations, rencontres et lectures (notamment en bibliothèques), de remises de prix...

Que chaque jour, chaque semaine, chaque mois de cette nouvelle année soient l'occasion de lire des nouvelles (dans HARFANG d'abord) et d'écrire des nouvelles et des micro-nouvelles    (à nous adresser pour la revue ou pour la rubrique "100 mots pour le dire !")



dimanche 15 novembre 2020

HARFANG N°57 est sorti...

Le N°57 de la revue Harfang qui vient de sortir de l'imprimerie se fait largement l'écho de la huitième édition du Prix de la nouvelle d'Angers.

Outre un entretien et une nouvelle de la lauréate Viviane Campomar qui brosse quelques portraits de femmes entre Paris et Odessa, on peut découvrir les nouvelles des 4 autres finalistes qui montrent d'autres paysages (Olivier Esnault nous emmène en Guyane et Roland Goeller en Alsace) ou d'autres visages ( Anna-Livia Marchionni fait le portrait de Biche et Léonie De Rudder celui d'une "pute d'Ephad" !)

La remise du prix n'ayant pu se faire -en présentiel comme on dit aujourd'hui-  vendredi 13 novembre en raison du confinement, "le passage de témoin" s'est fait naturellement dans la revue avec Michèle Labbé, lauréate 2018, à travers un entretien et une nouvelle inédite




D'autres paysages et d'autres portraits sont brossés dans les nouvelles retenues par le comité de lecture de la revue : ainsi le petit Pierrot dans 
"La dictée à la pistache" de Vincent Ferrique, ainsi les mésaventures de Lourmel dans "le passage" de Jean Pouëssel... et aussi la rencontre de "l'Agneau mystique" à Gand avec Jean-Yves Robichon et  d'une femme dans "le jardin clos" avec Emilien Rouvier...

Avec HARFANG, et malgré le confinement, vous pouvez donc continuer à voyager et à faire des rencontres...

Harfang N°57 116 pages, 12 €

Chèque à adresser à Harfang 13 bis avenue Vauban 49000 Angers

vendredi 13 novembre 2020

Viviane CAMPOMAR : Prix de la nouvelle 2020 pour son recueil J'irai mourir à Odessa



 La remise du Prix de la Nouvelle 2020 aurait du avoir lieu ce jour, vendredi 13 novembre 2020, à la Bibliothèque Municipale d’Angers, selon la tradition, pour la huitième fois depuis 2006… Les contraintes dues au confinement privent la lauréate, les juré(e)s et le public de cette rencontre traditionnelle et conviviale. À défaut de cette rencontre réelle (remise sine die), il faut se contenter cette année de virtualité et d’espoir. Espérons donc des jours meilleurs… 






... et en attendant, on peut aussi découvrir le recueil J’irai mourir à Odessa * (qui parait ce jour en partenariat avec les éditions Paul&Mike) et faire plus ample connaissance avec l’auteur. À cet effet, nous reproduisons ci-dessous une partie de l’entretien que nous publions (ainsi qu’une nouvelle extraite du recueil J’irai mourir à Odessa) dans le numéro 57 de la revue Harfang**.


Entretien avec Viviane CAMPOMAR (extraits)

D’où vous est venue l’idée de ce recueil qui fait voyager le lecteur entre l’Ukraine, la Russie et la France ? Parlez-nous de la conception, la composition et l’écriture de ce recueil.

V. C. : L’idée du recueil J’irai mourir à Odessa m’est venue de voyages, réels et imaginaires, entre la Russie et l’Ukraine, et à travers le temps, de l’époque contemporaine à celle du rideau de fer. La Russie, et en particulier Odessa, cette petite enclave russophone au bord de la Mer Noire en Ukraine, se prêtent merveilleusement au rêve littéraire. Odessa, la ville de la Dame au petit chien, est un lieu fantasmé d’une certaine intelligentsia russe, à laquelle je rends hommage en me l’appropriant à mon tour, en recréant à ma façon une légende un peu nuancée. Même si ces histoires se nourrissent de nombreux petits détails réels et d’anecdotes, j’y mêle une bonne dose d’affabulation, de manière à former un amalgame parfaitement fondu, aux composants indissociables. Certaines de ces nouvelles couvaient en moi depuis longtemps avant que je trouve le liant pour les articuler les unes aux autres. Et ce liant, c’est Odessa la ville mythique. C’est souvent ainsi que je procède : je ne découvre le fil rouge d’un recueil qu’après l’écriture de deux ou trois nouvelles, ensuite mon inspiration s’accorde à la musicalité ambiante. Ce qui m’intéresse dans l’écriture d’un texte, c’est la distorsion du réel : j’ai tenté de transcrire un univers intérieur autour de la Russie, plutôt qu’une reproduction fidèle, en brouillant les pistes, avec quelques notes d’humour égrenées dans six nouvelles sur sept, notamment dans les plus romantiques en apparence... Et, bien sûr, dans ce recueil où le lieu semble primordial, la dimension humaine est encore plus importante. Je me suis amusée avec les contradictions de nombre de personnages, plus complexes qu’on ne pourrait le croire au premier abord. Pour les évocations furtives, la nouvelle est un genre idéal… Ainsi, je décline, l’air de rien, deux variantes sur le thème de la mère, un thème qui m’est cher : deux portraits très différents dont l’un en filigrane, à peine esquissé à l’arrière-plan d’une chorégraphie sur l’escalier Potemkine ; l’autre plus poignant, dans la seule nouvelle sombre du recueil. Et toujours, l’espoir, l’espoir qui donne un surplus de vie aux personnages, un autre thème qui m’est cher, lui aussi tissé délicatement dans la trame de ces histoires. Dans tous mes recueils (j’en ai deux non publiés !), et plus particulièrement dans ce dernier, j’aspire à plusieurs niveaux de lecture, et surtout, derrière les quelques références littéraires, à entrelacer les diverses strates avec le plus d’émotion possible.

Vous n’êtes pas une inconnue pour Harfang : un recueil Entre fleurs et violences en 2009 (D’un Noir Si Bleu), une nouvelle « Le plaisir de la lecture » dans Harfang N° 40 en 2012, une participation au sixième Prix de la nouvelle en 2016. Que représente pour vous ce choix de la nouvelle (vous qui avez aussi publié quelques romans) ?

V. C. : La nouvelle m’est une langue familière. Dès ma plus jeune adolescence, j’ai baigné dans la lecture des nouvelles, et celles de TCHEKHOV ont été l’un de mes premiers enthousiasmes littéraires ! J’ai continué par la suite à dévorer tout ce que je trouvais comme nouvelles, aussi bien classiques que contemporaines, et je suis avec beaucoup d’intérêt les maisons d’édition et les revues qui s’y consacrent (les revues Brèves, rue St-Ambroise, Harfang… pardonnez-moi pour cette liste non exhaustive !). J’aime la nécessité d’une écriture ciselée, efficace, la possibilité d’une touche poétique. En quelques pages, il faut plonger le lecteur dans une atmosphère, dans la logique d’un ou plusieurs personnages, et j’apprécie d’ailleurs beaucoup les nouvelles d’ambiance, ne répondant pas forcément à la dictature d’une chute spectaculaire – même si je me réjouis de certaines chutes ! La nouvelle est le lieu par excellence de ces mouvements imperceptibles de l’âme, on peut y déployer des mondes aussi vastes que dans les romans mais par suggestions, par des associations (faussement) libres qui l’apparentent davantage à une manifestation de l’inconscient. Dans la nouvelle, tout est contrôlé, implacable, tout en allusions, ce qui donne l’apparence d’une liberté fluide. Il m’arrive parfois d’interrompre le travail sur un roman pour l’écriture d’une nouvelle ! Certains sujets nécessitent d’être développés dans un roman, mais des recueils comme Entre fleurs et violences et J’irai mourir à Odessa me permettent d’explorer de multiples facettes d’un même thème, de jouer sur les registres de langage, de style. La nouvelle me semble un genre sans limites…

* J’irai mourir à Odessa, Viviane CAMPOMAR, Paul&Mike, 100 pages, 10 €

** Suite à lire dans Harfang N° 57, 116 pages, 12 €

Chèque à adresser à Harfang 13 bis avenue Vauban, 49000 ANGERS

lundi 12 octobre 2020

PRIX DE LA NOUVELLE 2020 (suite)

À la fin de l’été, les 23 juré(e)s de la huitième édition du prix de la Nouvelle d’Angers ont voté et départagé les 5 recueils finalistes. C’est le recueil intitulé « J’irai mourir à Odessa » qui l’a emporté.

Son auteur est une nouvelliste qui recevra son prix

le vendredi 13 novembre à la Médiathèque d’Angers.

Jour où les premiers exemplaires sortiront des presses des éditions Paul&Mike.

Jour aussi où le N° 57 de la revue Harfang, en grande partie consacré au Prix 2020, sortira également, permettant de faire connaissance avec la lauréate (grâce à un entretien) et les 4 autres finalistes (avec une nouvelle extraite de leur recueil).

Le respect de l’anonymat étant une de nos règles, la transparence en étant une autre, chacun pourra découvrir aussi la liste des  « nominés », des sélectionnés et des 61 participants ainsi que des 23 juré(e)s (notamment avec un entretien et une nouvelle de Michèle Labbé, lauréate 2018, qui publie un roman remarqué et qui passe ainsi le relais.

Que tous soient ici remerciés.

mercredi 1 juillet 2020

COUP DE COEUR POUR L'ETE


Au cœur d’un été tout en or, Anne Serre, Mercure de France, 144 pages, 14,80 €

 
Le jeu auquel se livre Anne Serre dans ce recueil oscille constamment entre réalité et fiction, avec d’une côté réminiscences littéraires et cinématographiques, de l’autre imagination et rêves personnels.

Ainsi se dessine un autoportrait, qui n’est ni autobiographie ni autofiction, en une mosaïque de 33 nouvelles de quelques pages, comme autant d’embryons de romans à venir. Notons d’emblée que 25 d’entre elles commencent en citant l’incipit d’un ouvrage choisi dans sa bibliothèque : Buzzati, Carver, Caroll, Simon, Vila-Mata, Walser… (la liste complète figure en fin de volume) ce qui permet d’avoir une connaissance de l’auteur, au-delà des principes sociologiques ou psychologiques, selon le précepte : dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es ! Références littéraires souvent doublées de réminiscences de films lorsqu’une mère inconnue ressemble à Liz Taylor (p. 13) ou qu’une cousine « a l’air de sortir d’un film d’Hitchkoch »…

D’autre part, chaque nouvelle est l’occasion pour le narrateur (souvent féminin, souvent écrivain) de distiller (à la première personne) quelques informations personnelles, notamment sur « la production de rêves […] qui sont de véritables romans ou plus exactement des nouvelles » où la logique et la chronologie sont souvent interverties quand « le rêve débute par la fin pour s’achever par le milieu » (p. 27). Occasion aussi de jouer à « être quelqu’un d’autre » (p. 16) comme font les enfants qui s’imaginent un instant prince ou princesse, cow-boy ou indien, gendarme ou voleur… Occasion enfin de créer des personnages multiples comme Selma qui «  vit  comme si elle était à elle seule  huit ou dix personnes » (p. 83). Et si « dans les nouvelles, il y a souvent des chutes en forme d’explication » (p. 74), avouons que là, comme dans les rêves ou dans la vie, il n’y en a pas !

Recueil qui révèle bien l’univers et le style personnels d’Anne Serre, que les académiciens Goncourt ont apprécié au point de lui attribuer -à raison- le Prix Goncourt de la Nouvelle 2020...

Joël Glaziou
 
  (Suite et autres coups de cœur à lire dans Harfang N°57 à paraître en novembre 2020)

lundi 15 juin 2020

PRIX DE LA NOUVELLE 2020 : 5 recueils en compétition

Fin février, 61 recueils commençaient à circuler de main en main, de juré en jurée, de groupe en groupe…

À la mi-mars, l’annonce d’un confinement général a semblé à certain(e)s propice à la lecture… mais rapidement moins propice à l’échange au moment où la concertation et la discussion s’imposaient. Par téléphone ou par écrans interposés, les débats ont suscité de belles empoignades… tout en respectant la distanciation sociale. Au fil des jours, des semaines et des mois, par éliminations et tris successifs, une douzaine de recueils ont été nominés, puis huit ont été sélectionnés. Et à la mi-juin, les jurés enfin réunis ont retenu 5 recueils finalistes… qui sont proposés au jury final qui a tout l’été pour faire son choix.
 
Pour l’instant, afin de préserver l’anonymat, les recueils restent masqués ! Et les 5 finalistes, dûment informés, attendent désormais le verdict final qui sera rendu à la mi-septembre et la remise du prix qui se déroulera le 13 novembre.

À cette date, les masques seront tombés : recueil primé et lauréat(e) seront présentés ; les 4 autres finalistes -sans être déprimés- auront une nouvelle extraite de leur recueil publiée dans le N° 57 de la revue Harfang et les 56 autres participants recevront le recueil primé, comme le prévoit le règlement.

 

 

LISEZ HARFANG N°56 …et VOYAGEZ !


Vous ne pouvez pas ou vous ne pouvez plus voyager hors de France… qu’à cela ne tienne, lisez HARFANG !
Lisez le numéro 56, et vous aurez des « nouvelles » du monde et vous voyagerez sans impacter l’environnement à peu de frais (12 € seulement!)


D’abord en Pologne avec F. Guérin, histoire de vérifier l’efficacité de la prière auprès de la Vierge de Czestochowa…
Plongez ensuite avec H. Hérault dans un Moyen-Orient où l’âme d’un violon est aussi l’âme d’un pays lorsqu’on est en exil, sans papier
Suivez J.-P. Rochat dans le Jura suisse à la recherche d’un bouc nommé Jean-Paul…

Puis interrogez vous sur ce rouge ad vitam dans Venise déserte en compagnie de J. Derôme…
Enfin partagez le rêve étrange de F. Quérault, et retrouvez-vous du côté de Shangqiu dans une Chine sans virus… mais pas sans surprise !
Alors lisez, car il y en a pour tous les goûts, pour tous les genres.
Lisez Harfang et vous voyagerez… Et si vous n’aimez pas les voyages, lisez, lisez aussi Harfang. Vous frissonnerez avec D. Masson à la rencontre de tueurs silencieux et discrets ; vous assisterez avec N. Amram à Un enterrement de rêve et vous prendrez le dernier verre (avant le dernier) avec V. Simona…



 Alors sans attendre commandez Harfang N° 57
96 pages, 12 €
Harfang 13 bis avenue Vauban 49000 ANGERS

 

lundi 20 avril 2020

NOS COUPS DE COEUR 2020 : NOUVELLES DES NOUVELLES


En attendant la fin du confinement et en attendant la sortie du numéro 56 de la revue HARFANG (prévue fin mai) en voici quelques extraits, chroniques de nos coups de cœur en liaison avec l’actualité

 Au chevet des vivants, Françoise GuÉrin, Zonaires éditions, 72 p., 9 €

 Urgence est le mot-clé de ce recueil. Avec treize nouvelles pour dire l’urgence dans les milieux (in)hospitaliers que l’auteur connait bien depuis des années par profession.

Dès la première nouvelle, le lecteur pénètre avec un patient dans l’univers des urgences. Réduit au silence par la douleur, il n’est plus qu’un corps, qu’un objet entre les mains des soignants… « on le pique, on le sonde, on le remplit, goutte à goutte… ». Ce « on » n’est autre que la foule des soignants, devenus anonymes, réduits à la « fonction, l’acronyme, le sarrau fatigué », tributaires des statistiques, de la rentabilité, des restrictions… Pas un mot du patient. Pas un mot au patient. « On te sauve la vie, de quoi te plains-tu ? ». Il ne retrouve la parole qu’en sortant, avec l’urgence de dire que paradoxalement l’hôpital et les soignants sont au moins aussi malades que les malades eux-mêmes !

Soignants qui se battent pour rester vivants « au chevet des vivants » et pour réintroduire un peu d’humanité dans un univers de technologie médicalisée comme cette infirmière de service de Réanimation Néonatale, cette « passeuse » qui guide Sophia, une jeune maman vers sa petite Rose prématurée.

Pour F. Guérin, il y avait urgence à raconter le quotidien des soignés et des soignants, dans les maternités, dans les cliniques, dans les hôpitaux psychiatriques, dans les maisons de retraite…

Pour nous, lecteurs, il y a urgence en ces temps de crise à lire ces nouvelles qui nous parlent de cette réalité que nous ne voulons pas toujours voir en face.
Joël Glaziou  

 (Nouvelles et entretien de F. GuÉrin à lire dans HARFANG 56 à paraître et dans HS N° 9)

 
Chanson bretonne, J. M. G. Le Clezio, Gallimard, 160 p., 16,50 €

Depuis longtemps J.M.G. Le Clézio s’est affranchi des étiquettes, des appellations de genre ou autres « singulières antiquités qui ne trompent plus personne » comme il l’écrivait déjà en 1965 en introduction à son premier recueil La Fièvre. Et il précisait en 1967 dans L’extase matérielle : «  Les formes que prend l’écriture, les genres qu’elle adopte ne sont pas tellement intéressants. Une seule chose compte pour moi ; c’est l’acte d’écrire. Les structures des genres sont faibles ». Cette fois encore, on peut s’interroger sur les informations figurant sur la couverture : conte, chanson ? Mais aussi pourquoi pas  récit, nouvelle, essai… ? Dans Chanson bretonne, les dix-sept textes de souvenirs de vacances passées en Bretagne dans les années 1950 sont sous-titrés « contes » dans le sens où il s’agit de rendre compte de ce que la mémoire raconte en sachant très bien ce qu’il peut y avoir de lacunaire et d’imaginaire dans une telle entreprise.

 Mais là n’est pas l’essentiel. Le Clézio poursuit avec ces textes courts sa recherche familiale et autobiographique, commencée à travers plusieurs romans. Sans nostalgie, à partir de son expérience personnelle, il nous rappelle entre autres choses, la transition très brutale qui s’est faite dans l’après-guerre entre le monde rural et le monde moderne, la perte de la langue bretonne dans la vie quotidienne et les mutations sociales et culturelles.

 Remontant plus loin encore dans « L’enfant et la guerre », Le Clézio essaie de rendre compte de ses sensations d’enfant pendant la seconde guerre mondiale alors qu’il est réfugié avec sa mère, son frère et ses grands parents dans la vallée de la Vésubie, période où il connaîtra la faim, la peur et une certaine forme d’exil. C’est ce vécu qui lui permet de comprendre aujourd’hui la situation des enfants dans les guerres, la situation des migrants…

Paradoxalement, ce retour dans le passé et dans les souvenirs d’enfance est aussi une meilleure compréhension de l’actualité. Et l’expérience singulière, particulière, rejoint comme souvent chez Le Clézio le général, l’universel.  
Joël Glaziou

 
La belle Hélène, Pascale Roze, Stock, 190 pages, 18 €

 Qu’un roman puisse prendre la défense de la nouvelle, cela pourrait bien paraître paradoxal. Mais à travers son roman La belle Hélène que ce soit Pascale Roze (prix Goncourt 1996 pour son roman Chasseur zéro) qui en fasse la défense, cela n’a rien d’étonnant si l’on se rappelle qu’elle a commencé en illustrant le genre de la nouvelle avec un premier recueil remarquable intitulé Histoires dérangées en 1994.

En racontant le quotidien d’Hélène Bourguignon, deux fois veuve, qui anime un atelier pour les étudiants de Sciences-Po, P. Roze nous donne une leçon de lecture et une leçon de vie en s’appuyant sur quatre nouvelles qui lui semblent exemplaires. Nouvelles de R. Brautigan, D. Buzzatti, R. Musil et Y. Reza dont l’analyse détaillée (autant pratique, psychologique que littéraire) alimente la vie d’Hèlène et de ses étudiant(e)s. Chaque cours se nourrissant des souvenirs, des deuils, des joies d’Hélène. La vie alimentant la lecture des textes et les textes alimentant la compréhension du monde, de l’autre, de soi. Car «  la littérature ne parle pas d’un autre monde que le nôtre » (p. 19).

Il en est ainsi des amours estudiantines de Marion et de Quentin. Et aussi d’Hélène qui retrouve la Bourgogne de son enfance tout en redécouvrant l’amour après sa rencontre avec Jean, qui à son tour  lui offre les paysages ensoleillés de la Corse.

Irrigué par de nombreuses lectures (il faudrait aussi citer Épictète, Marc-AurÈle, Chamfort, Perros… et même quelques chansons), ce roman fait l’éloge de la littérature comme expérience de la pensée où le texte éclaire l’expérience personnelle et où le texte à son tour est éclairé par le vécu.  

En imbriquant étroitement la vie et la littérature, P. Roze signe là un superbe « roman médecine » qui fait du bien.

À prescrire sans modération, en ces temps de grisaille générale.
Joël Glaziou

 
Ne quittez pas !, Marie Sizun, Arléa, 240 pages, 20 €

 
Après Vous n’avez pas vu Violette ? en 2017 (Prix de la Nouvelle de l’Académie Française 2018), M. Sizun récidive avec une quarantaine de nouvelles courtes qui ont le téléphone comme dénominateur commun. De l’antique téléphone à cadran en bakélite noire au portable dernier cri et de la cabine au répondeur-enregistreur à cassette, tous les modèles sont les témoins de nos joies, de nos peines, de nos doutes, de nos interrogations… ils en sont même les révélateurs, les catalyseurs.

Ah ! ce « maudit appareil qui a ses vertus… c’est un peu l’instrument des dieux » depuis qu’il s’est installé dans nos vies, qu’il occupe de plus en plus de place dans notre quotidien et qu’il nous tient parfois lieu de destin.

Pourtant, il ne fait que prolonger, que révéler avec plus de force et de rapidité nos sentiments,  nos émotions. Reflet ou miroir, ils nous les renvoient bruts ou déformés, ils les accentuent parfois, générant des situations comiques ou tragiques. Permettant ainsi à l’épouse de découvrir la « double vie » de son mari ; permettant aux passagers du métro de partager la conversation de « l’indiscrète ». Ou au contraire brouillant les relations quand un « quiproquo » s’installe entre un certain Arnaud et une certaine Alice, ou quand une fille impose à sa mère « l’installation du téléphone…  animal étrange posé sur le meuble » qui devient « l’image de leur impossible communication ».

Il ne fait que prolonger ces voix que l’on associe à un visage, à un nom, même lorsqu’il y a erreur, doute ou ambigüité comme dans la première nouvelle « Qui est à l’appareil ? » où une femme entre deux âges reçoit un appel lointain, où elle reconnait « la voix brouillée » d’un ancien amant qui se meurt sur son lit d’hôpital. Il ne fait que prolonger avec nostalgie ces voix qui appartiennent au passé dans « Comme sa voix a changé », et aussi celle stockée dans la mémoire du « Vieux répondeur » et celle de la « Dernière conversation ».

 Chacun pourra se reconnaître dans telle ou telle situation et ne pourra que constater qu’il n’y a rien de plus étrange que ce téléphone, « de plus comique, de plus tragique, de plus banal et de plus surprenant ».

Un excellent recueil thématique, avec la délicatesse habituelle de l’auteur qui pourrait bien lui valoir un nouveau prix, tout à fait mérité.

Joël Glaziou

Les dimanches d’Angèle, Linda Vanden Bemden, Quadrature, 86 pages,  10 €

 En 75 micro-nouvelles de quelques lignes à un feuillet maximum,  L. Vanden Bemden brosse le tableau de la vie quotidienne dans les maisons de retraite, ces « maisons de vie et de soins » où il y a « plein de vieux qui ont été jeunes ».  

Forte de sa longue expérience (cinq années de visite à sa grand-mère) et de son sens de l’observation pour saisir au vol un mot, une phrase, une attitude, une situation, elle a réussi à restituer l’essentiel en quelques lignes, comme autant de coups de crayon pour une caricature. L’humour n’étant jamais loin sous la tendresse ou l’acuité du regard, selon les cas.

Car en ces lieux, le quotidien, c’est la mémoire qui flanche, le dentier perdu, le déodorant à la place du dentifrice…

Naguère, certains en auraient tiré quelques saynètes à monter sur les planches, d’autres auraient peint quelques miniatures à accrocher aux cimaises. Aujourd’hui, certains exposent leurs clichés « instantanés » dans une galerie et les plus nombreux postent chaque jour quelques mini-vidéos sur les réseaux sociaux. Ce faisant, L. Vanden Bemden fait la chronique des jours qui passent avec beaucoup de tendresse et d’humanité...

Lire la suite et autres chroniques dans le « nouvellaire » d’HARFANG N° 56 à paraître fin mai 2020.