jeudi 28 juin 2018

PRIX DE LA NOUVELLE D'ANGERS : plus que 3 finalistes !


En février, quand la compétition commença, nous avions enregistré 111 recueils.
Et au fil des jours, des semaines et des mois, les 6 groupes de lectrices et de lecteurs ont lu, relu, échangé, discuté, comparé… et par les tris et les filtrages successifs ont tout d’abord « nominé » 28 recueils, puis ils en ont « présélectionné » 14… pour ne retenir que 3 recueils « finalistes » !

Les 3 nouvellistes ont été informés… mais il leur faudra encore être patients et attendre le début du mois de septembre pour savoir lequel d’entre eux montera sur la plus haute marche pour recevoir les lauriers !

D’ici là, les 23 personnes qui composent le jury final devront au cours de l’été choisir entre les  recueils dont les thématiques abordées, les compositions et les styles sont très différents… Que le meilleur gagne !

D’ores et déjà les finalistes sont assurés de voir une nouvelle extraite de leur recueil publiée dans le N° 53 de la revue Harfang qui sortira le jour de la remise du Prix, le vendredi 16 novembre 2018 et où l’on pourra lire un entretien avec le (ou la) lauréate.

Ainsi nous espérons faire partager nos plaisirs de lecture. C’est dans ce même esprit que chaque participant recevra, fin novembre, un exemplaire du recueil primé (et publié aux éditions Paul&Mike).

Avant même la fin de cette belle compétition (rappelons que ce prix est le seul qui récompense un recueil sur manuscrit), que les 111 participants soient ici remerciés.

 

mercredi 27 juin 2018

COUPS DE COEUR POUR L'ETE : JAUFFRET, MAUGUIN, PUJOL


Avant de boucler la valise ou le sac à dos, n’oubliez pas de glisser un recueil ou deux, en pensant aux heures de transport dans le train, l’avion ou le bateau, aux moments de pause sur le sable ou sur l’herbe au bord d’un chemin… Et recueillez-vous à l’ombre d’un arbre ou d’un parasol ! Selon votre humeur et la couleur du ciel, Harfang vous propose ses coups de cœur pour l’été : du noir avec Régis Jauffret au rouge avec Véronique Pujol en passant par une palette de toutes les couleurs avec Marc Mauguin… et Edward Hopper.

Bon été et bonnes lectures !

Microfictions 2018, Régis Jauffret, Gallimard, 1024 pages, 25 €
Même si le mot « roman » est écrit sur la couverture, il s’agit bien de 500 « microfictions » de deux feuillets maximum (comme pour le premier volume de Microfictions paru en 2007). L’on sait bien que les notions de genre, les appellations sont souvent de simples étiquettes sur un emballage. Roman donc, mais aussi fragments de vies et nouvelles du monde d’aujourd’hui.
L’essentiel est que l’ensemble ainsi constitué offre un tableau  exceptionnel de notre société contemporaine à travers des récits de vie, tous écrits à la première personne, alternativement masculine ou féminine. Cette collection de « curriculum vitae » concurrence à la fois les registres d’état civil, les pages blanches de l’annuaire téléphonique (il est d’ailleurs classé par ordre alphabétique des titres d’Alexandre Crémeux à Xavière Téton) et le dictionnaire des personnages de la Comédie Humaine de Balzac… qu’il faudrait simplement rebaptiser « tragédie humaine » en raison de la noirceur accumulée d’un bout à l’autre.
Car toutes les vies y sont ratées, contrariées, empêchées.
Tout y est misérable qu’il s’agisse de travail, d’argent ou de sexe. Tout y est maladie (comme dans « Papa cancer » ou « Moi le sein, lui la prostate »), crime (« Poisson pané ») et perversion (« Vendredi sodomie » ou « Nuit de Walpurgis »).
Tout y est violence quotidienne dans la société, au bureau, en famille où se succèdent suicides, infanticides…
On ne peut qu’être perturbé par la noirceur du propos et en même temps on ne peut être qu’admiratif devant la prouesse qui réside sans doute dans le style parfaitement maîtrisé à la fois dans chaque texte écrit au couteau, creusant la vie et les chairs dans les moindres détails et aussi dans l’impression d’unité qui se dégage de l’ensemble dont la lecture ne peut laisser indemne.
  Joël Glaziou


Les attentifs, Marc MAUGUIN, Collection « Les Passe-murailles », Robert Laffont, 192 pages, 18 €

 Avec ce recueil, M. Mauguin inaugure une nouvelle collection qui se propose de mettre des mots « entre rêve et réalité » sur des tableaux, des photographies ou des films…
Il a choisi 12 tableaux du peintre américain Edward Hopper (1882-1967). Tableaux que chacun a en mémoire et que chacun croit connaître. Mais ici ils sont revisités. Car les personnages, souvent des femmes, se mettent à vivre sous nos yeux. Souvent figés sur la toile comme dans un arrêt sur image,  on les voit s’animer comme dans un film, on découvre leurs sentiments, leurs émotions, leurs sensations, leurs attentes. D’où le titre peut-être puisqu’ils sont tous sens en alerte, en attente d’une suite. Peu à peu leur histoire se révèle en développant un détail de leur vie passée ou en dévoilant ce qui se cachait derrière l’image instantanée du présent. Un détail au « second plan » d’un paysage ou d’un décor intérieur pouvant devenir l’élément central au « premier plan » de la nouvelle.
Chaque tableau pourrait alors n’être qu’un « pré-texte » mais les mots n’en sont ni la traduction ni la trahison. La réussite de ce recueil est d’avoir été au-delà en proposant une analyse psychologique et sociologique de l’Amérique des années 1930-1960. Ce qui aurait pu être un jeu de miroir entre image et texte, simple plaisir de lecture, divertissement léger, devient plus grave -sans aucune lourdeur ni didactisme- en informant sur la situation sociale et en interrogeant sur les drames vécus par chacun. Entre grave et léger, chaque tableau invite à pénétrer un aspect de la vie américaine, de la vie d’un homme, d’une femme avec ses interrogations, ses drames quotidiens à travers divorces, départs, abandons, fuites... Devant l’extrême variété des sujets abordés, l’unité de cette suite est assurée par certains personnages récurrents. On passe de la nostalgie pour une femme à sa fenêtre quand le passé revient (dans « Lointain ») à la jalousie pour celle qui repense à sa vie (dans « Ombre portée »). On passe de l’hypocrisie face aux codes et aux convenances d’une société (dans « Premier plan ») aux interrogations sur la vieillesse, la maladie (dans « Contraste » et « Empâtement ») et la pensée de la mort (dans « Cadres »).
M. Mauguin réussit là une belle galerie de portraits qui transporte le lecteur au cœur de l’Amérique du XXe siècle.

Joël Glaziou

 
Sanguines, Pascale Pujol, Quadrature, 96 pages, 15 €

Si les mots fleurissent quand il s’agit de parler des règles, menstrues, lunes et autres fleurs rouges arborées par les femmes chaque mois, P. Pujol a choisi de parler de « sanguines », mot riche de sens et de sang. Et d’en parler sans tabou en utilisant différents registres et tonalités pour mieux s’adresser à tous les gen(re)s, pour mieux montrer comment les femmes mais aussi les hommes appréhendent cette réalité cachée, souvent refoulée.
Si certaines attitudes relèvent de pratiques occultes proches de la « magie rouge » où Vénus est invoquée pour séduire un homme, proches des « délires ésotériques » chez trois colocataires qui cochent leur calendrier mens(tr)uel en attente de vérifier « l’alignement des planètes » ou encore proches des rituels d’initiation ou de « passage » lorsqu’on se transmet de mère en fille « la boîte à secrets », d’autres attitudes vérifient encore la permanence de tabous lorsqu’un simple « vernis à ongles » sur les doigts signifie l’interdiction de toutes relations sexuelles. Et « la coupe est pleine »  lorsque les membres  (tous plus sexistes et machistes que les autres) d’un conseil de direction d’une entreprise essayent de trouver les meilleurs moyens d’écouler leur production de serviettes périodiques.
Mais les plus nombreuses enfreignent ou renversent les interdits, préjugés, codes et autres « règles » sociales habituelles. Ainsi lorsque les hommes, ces « messieurs Ragnagnas » se retrouvent au rayon de l’hygiène féminine dans une grande surface. Quand un jeune homme décroche son premier emploi dans la société « Lady net » spécialisée dans le nettoyage des toilettes féminines. Enfin quand un médecin, tout en discutant autour d’un « samovar », fait changer d’avis une jeune femme venue pour avorter avant son mariage.
Sanguines est bien ce mot juste, ce fil rouge qui permet d’enchaîner sans lourdeur les données biologiques, sociales, économiques qui traversent ces douze « tableaux »… sans oublier -last but not least-  la donnée esthétique quand on désigne ainsi quelques œuvres sur papier qui n’ont jamais si bien porté ce nom et qu’on présente pudiquement sous l’appellation de « technique mixte » !
Sanguines : un recueil à lire sans modération et à mettre entre toutes les mains… sans aucune protection.  
Joël Glaziou

 

dimanche 10 juin 2018

MICROFICTIONS 2018 de R. JAUFFRET : nouvelles ou/et roman ?


En juillet 2015, nous nous interrogions ici même sur la différence entre roman et recueil de nouvelles et sur la confiance que le lecteur peut accorder aux appellations et délimitations de genres. Depuis, les exemples sont nombreux qui démontrent que les frontières entre genres sont plus poreuses qu’il n’y parait.

En 2016, Tristan Garcia publie « 7 » aux éditions Gallimard et décroche le Prix France Inter. Cet ouvrage est sous-titré « romans » et la quatrième de couverture annonce qu’il s’agit de « sept romans miniatures » mais l’on pourrait dire aussi qu’il s’agit de sept longues nouvelles, de sept récits indépendants dont le lecteur découvre au fil des 570 pages qu’ils sont étroitement liés.

 
En d’autres temps, des écrivains ont essayé de conceptualiser cette double appartenance et ont proposé des appellations intéressantes même si elles sont aujourd’hui oubliées. Marcel Arland parlait de « recueils ensembles » à propos de Il faut de tout pour faire un monde (Gallimard, 1947) ou L’eau et le feu (Gallimard, 1956). Plus récemment Jean-Noël Blanc parle de « romans-par-nouvelles » à propos de Esperluette et compagnie (Seghers, 1991) ou Hôtel intérieur nuit (HB éditions, 1995).

 
 
 

Un autre exemple intéressant est celui de Régis Jauffret qui vient de publier Microfictions 2018 (Gallimard) après Microfictions (Gallimard, 2007). Dans les deux cas, il s’agit de 500 « microfictions » de deux feuillets maximum. Dans les deux cas, de même que pour Bravo (Gallimard, 2015) les ouvrages sont sous titrés « roman », selon la volonté commune de l’éditeur et de l’auteur. Cependant, premier paradoxe, les membres de l’Académie Goncourt n’ont pas tenu compte de cette donnée puisqu’ils viennent de lui attribuer le Prix Goncourt de la Nouvelle 2018. Second paradoxe quand l’auteur lui-même annonce que l’ouvrage rassemble des histoires d’hommes et de femmes qui composent le « roman de la foule » et déclare aussi dans Lire (en février 2018) que c’est « un dictionnaire d’histoires qui peut être lu d’une traite… ou on peut piocher dedans comme on l’entend. À l’endroit, à l’envers, dans n’importe quel sens ».

 


 On peut alors s’interroger pour savoir quels critères permettent d’affirmer qu’une nouvelle (ou une microfiction) peut devenir roman ou morceau de roman.

D’un côté, pour l’auteur, il y a bien un même travail d’organisation et de composition en recherchant tous les moyens d’assembler des nouvelles en recueil ou des chapitres en roman. De ce point de vue, on ne voit pas en quoi le recueil serait inférieur au roman et le « complexe » du nouvelliste par rapport au romancier n’a pas lieu d’être.

Du côté de l’éditeur, on peut soupçonner depuis des lustres qu’il privilégie par stratégie commerciale l’appellation de « roman » plus porteuse en termes de ventes et de chances d’obtenir un prix (les prix de la nouvelle se comptant sur les doigts de la main !).

Mais c’est peut-être du côté du lecteur que les critères sont les plus pertinents. Car ce dernier lit de manière linéaire de la première à la dernière page ce qui s’impose pour un roman ou bien il lit de manière aléatoire « dans n’importe quel sens »  selon la formule de R. Jauffret ce qui n’est pas possible pour un roman qui implique une chronologie avec un début et une fin.

Il n’en reste pas moins que certains ouvrages se moquent des critères, des frontières, des appellations et des délimitations. D’ailleurs n’est-ce pas ce qu’on demande avant tout à un auteur, un créateur sinon de ne pas répéter les formes, les moules, les genres préexistants mais plutôt de les subvertir et de créer de nouvelles formes, de nouveaux modèles, de nouveaux concepts ! La nouvelle portant bien son nom quand il s’agit dans une sorte de laboratoire littéraire de forger de nouvelles formes.

Alors selon ce critère, on peut établir

-           Qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles quand chaque nouvelle peut être lue de manière isolée et que l’ensemble peut être lu de manière aléatoire.

-           Qu’il s’agit d’un roman quand la lecture ne peut être que linéaire de la première à la dernière page.

-           Que certains ouvrages « transgéniques » peuvent comporter certaines caractéristiques du roman et du recueil… que l’on peut lire à la fois -successivement sinon simultanément- comme un roman et comme un recueil de nouvelles.

Le paradoxe soulevé par les Microfictions de Régis Jauffret n’est donc qu’apparent. Et c’est sans doute là toute l’originalité de son propos et de son projet. Et c’est sûrement là aussi tout le plaisir que le lecteur peut trouver dans sa lecture.

Joël GLAZIOU

mercredi 16 mai 2018

HARFANG N° 52 présenté à la SADEL (Angers)


 Une fois n’est pas coutume, pour la sortie du N° 52, une présentation de la revue, en présence des auteurs et des acteurs de ce numéro aura lieu à la

SADEL, rue Vaucanson, ANGERS        
le samedi 19 mai 2018 à 16 Heures
Entrée libre
 
M. AUFFRAY
Ce sera l’occasion d’échanges et de lectures apéritives autour de nouvellistes qui sont au sommaire du N° 52, entre autres :
Mickaël Auffray,
  
 

J. ESSIRARD  


Jacky Essirard,
 Yves Jouan,
Y. JOUAN
Alexandre Seurat…
A. SEURAT
 

 

 
 
 
 


Occasion aussi de découvrir la rubrique « Nouvelles sans frontières » avec une "première" : la traduction du hindi d’une nouvelle de la romancière indienne Getanjali Shree.
 

Et enfin occasion de découvrir quelques anecdotes sur les coulisses d’une revue et les petits secrets de fabrication.
 
Une occasion à ne pas manquer !

jeudi 22 mars 2018

En attendant le Prix 2018… retour sur les lauréats et finalistes des éditions précédentes
 
Que sont-ils devenus ?  Qu’ont-ils publié ? Depuis la première édition en 2006, nous avons toujours essayé de suivre leurs « traces » éditoriales. Pour chacun d’entre eux, le Prix de la Nouvelle d’Angers était leur première publication… mais loin de s’arrêter là, ils et elles ont poursuivi leur chemin d’écriture. En voici la preuve avec leur bibliographie qui n’a cessé de s’allonger d’année en année… Histoire de donner envie de découvrir et/ou de (re)lire des recueils de qualité.
 
 
Rappelons pour mémoire les lauréat(e)s et les finalistes
 
En 2006, la lauréate était Patricia Chauvin-Glonneau  avec Au gré des îles et des fantasmes (Siloë). Depuis, outre des nouvelles publiées dans les N° 31 & 34 d’Harfang, elle a publié un recueil en 2015 :

 
Le regard d’Edith, P. Chauvin-Glonneau,  éditions La Simarre, 92 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 46)
Quinze courtes nouvelles (d’une à huit pages) comme autant de devoirs de mémoire, rappelant personnes ou événements liés aux guerres du siècle dernier : guerre d’Espagne, seconde guerre mondiale… et tout ce qui en résulte : bombardements, déportations, occupation, actes de résistance…
Quinze nouvelles comme autant de commémorations qui valent bien des minutes de silence, des cérémonies du souvenir et des plaques commémoratives !

 
En 2008, le lauréat est  Marc Bénard avec Vestiges du déchirement (Siloë). S’il n’a publié aucun recueil, il n’en est pas mois actif en poursuivant son travail d’édition au sein de l’APA (Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique) et en publiant ses nouvelles dans Les Cahiers de l’APA… sans oublier Harfang auquel il reste fidèle en publiant des nouvelles inédites dans les N° 38, 47 & 49.

 
Parmi les finalistes, Benoit Camus  s’est fait remarquer avec plusieurs publications dont un recueil de nouvelles Import-export en 2012,  Le bunker, troisième témoignage en 2015, Chroniques d’un père au foyer en 2017 tous publiés aux éditions J. Flament. Et bientôt paraîtra La mort du dauphin François (15 K éditions).
 

Import-export, Benoît Camus, Ed. Jacques Flament

Les êtres humains sont-ils des marchandises, comme pourrait le laisser supposer le titre de ce recueil et comme le montrent certains faits divers à la une des médias ? Exilés ou émigrés contraints de quitter leur pays, clandestins traversant les frontières souvent arrêtés ou refoulés, sans papiers frappant aux portes de nos pays qui  leur semblaient un eldorado…  La liste est longue et nous est connue... B. Camus nous plonge au cœur des tragédies de notre époque moderne, dans la conscience des marins se demandant s’il faut jeter les clandestins par-dessus bord, dans celle du policier s’interrogeant sur la nécessité d’arrêter ceux qui franchissent la frontière. Ni discours, ni morale de la part de l’auteur, certaines nouvelles se terminant non par la chute fatale… mais par une ouverture sur un avenir incertain !


De son côté, Annick Demouzon a poursuivi ses publications en revues et multiplié les récompenses, notamment pour ses deux recueils parus en 2011 : Virage dangereux dont la nouvelle titre a été publiée dans Harfang N°33 (Édition le Bas Vénitien – Prix Agora) et  À l'ombre des grands bois (Éditions du Rocher - Prix Prométhée) (Compte-rendu à lire dans Harfang N° 40) :







 À l'ombre des grands bois, A. Demouzon, Le Rocher, 168 p.

La photographie est au centre de chacune des quatorze nouvelles de ce recueil. Loin d’être un instantané, un cliché qui fixerait et figerait une scène ou une situation… chacune nouvelle révèle ce qui est caché à première vue. On lève le voile noir sur celui qui a pris la photo, sur les conditions de la scène ; on s’attarde sur le prétexte (ce qui s’est passé avant), sur le contexte (ce qu’il y a à droite, à gauche, à côté, au-dessus…).
Chaque nouvelle devient donc la légende d’une photo qui guide le lecteur vers ce qu’il s’agit de lire au-delà des apparences.



 
En 2010, Sylvie Dubin est la lauréate avec  Selon elles (Siloë). Poursuivant sur sa lancée, elle est lauréate de nombreux prix de nouvelles (Calypso…) et publie en revues  comme L’Encrier renversé et bien sûr Harfang N°37 & 46. En 2015, elle publie un deuxième recueil :

 
L’empouse et autres écarts, Sylvie Dubin, Paul&Mike, 258 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 46)
Chacune des 14 nouvelles se situe entre rêve et réalité et repose sur un écart par rapport à la logique dans les actes les plus simples de la vie quotidienne. Écart aussi par rapport aux codes et aux genres littéraires. Écart de langage enfin qui génère souvent l’histoire elle-même.
Avec son lot de miroirs, de doubles, de cercles et de labyrinthes, on se trouve bien dans un univers fantastique ; mais au-delà des clins d’œil évidents à Borgès et Cortazar, dans cette bibliothèque infinie qui se tient à l’envers de ce recueil, il y a aussi des références à des livres et des auteurs imaginaires qui ne doivent pas faire oublier que l’humour est aussi un forme d’écart, une prise de distance par rapport au réel.

 
Puis en 2016 un troisième recueil historique exemplaire qui a obtenu (excusez du peu !) 3 prix : le Prix Ozoir’elles 2016, le Prix Litter’halles et le Prix Boccace 2017 :

 
Vent de boulet, Sylvie Dubin, Ed. Paul&Mike, 264 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 48)


On peut ne pas aimer les recueils de nouvelles et on peut ne pas aimer les récits historiques, mais devant ce troisième recueil de S. Dubin, aucune généralité, aucun préjugé ne peut résister à la lecture !
De la première page de « Bleu horizon » qui raconte les signes avant-coureurs de la Guerre 14-18 à Merlet-Font avant la déclaration du 1er août jusqu’à la dernière page de « Blanc, bleu... » où l’on érige en 1920 un monument aux morts dans cette même commune de Normandie, le lecteur est plongé dans les petites histoires de la Grande Guerre.
Comme pour ses précédents recueils, S. Dubin a composé, organisé un ensemble unifié en procédant par parallélismes, reprises et effets de miroir. Mais l’originalité réside surtout dans le choix des sujets et dans le point vue qui surprend à chaque fois le lecteur qui peut alors s’interroger sur ces petites histoires qui font la grande Histoire.
Au final, ce recueil est beaucoup plus qu’un recueil de nouvelles, plus qu’un « roman-par-nouvelles », plus qu’un récit historique qui serait réservé à quelques amateurs de nouvelles ou de récits historiques. C’est un livre qui s’adresse à tous et que chacun doit lire, toutes affaires cessantes. 

 
En 2012, la lauréate est Marie Pontacq avec Coup de sang sous les flamboyants (Siloë). Depuis, outre son travail de traductrice, elle poursuit sa participation aux prix et concours (Prix Hervé Bazin de la microfiction 2016)  et la publication de nouvelles dans les N° 48 & 50 d’Harfang… et deux textes courts en 2016 :
 
 
La Chambre rouge de l’hôtel Sacher, Pontacq, J. Flament, 114 p.
Les compagnons du Flamboyant, Pontacq, Éd. du Jasmin, 192 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 48)
Comment une fille peut-elle vivre à l’ombre d’une mère qui attire à elle toute la lumière ?
C’est la question que se pose celle qui fut conçue lors d’une rencontre de hasard, dans la célèbre Chambre rouge de l’Hôtel Sacher de Vienne, par sa mère, Terésa Stern (« étoile » en allemand), à la fois astre et star, qui a brillé sur la scène des théâtres du monde entier, collectionnant les succès et les amants.
Court roman ou longue nouvelle, l’étiquette ou l’appellation importe peu tant l’intensité du récit, la qualité du style et la beauté poétique de l’ensemble l’emportent sur toute autre considération.
Parallèlement, Marie Pontacq livre aussi un ouvrage pour la jeunesse Les compagnons du Flamboyant… comme une suite historique à son premier recueil Coup de sang sous les flamboyants, lauréat du Prix de la Nouvelle de la Ville d’Angers en 2012.

 
 En 2014, le Prix est attribué à Estelle Granet  pour Sept fois presque rien (D’Un Noir Si Bleu). Outre une nouvelle publiée dans le N° 49 d’Harfang, elle a terminé un roman qui n’attend plus que de trouver un éditeur !

 
Depuis, Anne-Claire Boshâ anime un atelier d’écriture et a publié un premier roman en 2015 :
Sur un cheveu, Anne-Claire Boshâ, Éditions J. Flament, 114 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N°48)
Dans ce premier roman d’A.-C. Bosha (nouvelliste remarquée dans Harfang N° 45), deux histoires se superposent, s’entremêlent.
On suit d’abord la naissance de Laure, son enfance auprès d’une grand-mère qui ne supporte pas les pleurs, son adolescence entre la musique et les copains, ses premières amours (notamment avec Nathanaël qu’elle aime sans le dire). Puis viennent les années où elle déroule « le film avorté de ses amours fictives » et où elle s’enferme peu à peu dans un monde rêve qui la conduit vers l’hôpital et bientôt derrière les murs d’un asile.
Parallèlement, on découvre l’histoire de la grand-mère de Laure, partie en Indonésie dans les années 30. Retenue comme prisonnière à partir de 1942 par l’armée japonaise, elle fait alors connaissance avec « Banjoebiroe, les camps, les Japonais, les menaces, les drapeaux, la faim, la hantise des pleurs et des cris des enfants… » (p. 141) et elle ne retrouvera sa liberté qu’à la capitulation du Japon.
Entre la France et Java, entre hier et aujourd’hui, entre la grand-mère et la petite fille, entre le rêve et la réalité se tisse un roman de l’enfermement où la seule porte de sortie, le seul salut semble se trouver dans la création, dans l’écriture.

 

Julius Nicoladec  a publié Petits écarts un recueil qui rassemble une quinzaine de nouvelles écrites ces dernières années et primées en concours ou publiées en revues (Florilège, Harfang, Möbius, XYZ…) ou collectifs.








Marie Christine Quentin a publié son recueil finaliste Des bleus au ciel (L’Harmattan) en 2015 et  un second recueil A fleur de sel (L’Harmattan) en 2016. Elle est devenue la responsable de la collection « Nouvelles nouvelles » aux éditions L’Harmattan.




 
Gilles Verdet finaliste 2014, avec un recueil intitulé Fausses routes  (Rhubarbe, 2016), a reçu le Grand Prix de la nouvelle de la SGDL :

 
 Fausses routes, Gilles Verdet, Rhubarbe, 216 pages.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 49)
Ici, le titre de ce recueil de cinq nouvelles noires n’est-il  pas d’emblée un signal de l’auteur pour prévenir les « fausses routes » inhérentes à toute lecture.
À peine le lecteur est-il arrivé à la troisième nouvelle intitulée « Prises de vue » qu’il est amené à retourner en arrière pour mieux démêler ce qu’il a lu et cru comprendre. 
Dans tous les cas, l’auteur, à l’image du Petit Poucet, a semé des cailloux que le lecteur devra suivre pour retrouver son chemin.
Rarement un ensemble de nouvelles a été aussi organisé pour composer -au sens où l’entendait J.-N. Blanc- un véritable « roman-par-nouvelles ». Les membres de la SGDL qui ont voté pour lui et lui ont attribué leur Grand Prix de la Nouvelle 2016 ne s’y sont pas trompés… et à travers lui, ils ont aussi récompensé le travail des éditions Rhubarbe et surtout d’Alain Kewes qui défend depuis des décennies la bonne nouvelle. 

 
En 2016, Emmanuel Roche était le lauréat avec Un piano à la Nouvelle-Orléans (Paul&Mike). Depuis, il a reçu le Prix jazz en Velay 2917 pour sa nouvelle « Orphée seul dans la foule ». Il prépare un nouveau recueil et participera au jury final du Prix 2018.

 
 Béatrice Chauvin Ballay a vu son recueil finaliste publié aux éditions Paul&Mike (être repérée par un éditeur membre du jury, ça aide !) :

 
Allez les filles, debout !, B. Chauvin-Ballay, Paul&Mike, 118 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 51)
Béatrice Chauvin-Ballay, dans un style alerte, nous fait passer entre les mailles fragiles de ces Manon et ces Fanchon, qui chacune à sa manière, tente sa chance au casino de la vie.
Cet ensemble lié de 13 nouvelles annonce, par le rappel subtil des personnages de l’une à l’autre, qu’une communauté se forme autour des à-peu-près de la vie. Pas seulement faite de hasards, la vie, mais de rencontres. Il faut relier ces histoires, « comme les perles d’un collier ». Entrez dans la danse autour du Bar des tilleuls !
La vie est à tout le monde !


 
Quant à Pascal Quéré, avec beaucoup de ténacité, il a aussi réussi à publier son recueil finaliste :

 
Sous la couverture, Raphaël Morgano, 178 pages.
(disponible sur Internet en version numérique et papier)
Que se passe-t-il « sous la couverture » ? La première information réside dans le sommaire des 13 nouvelles dont le titre rime en «tion » : Fellation, Rotation, Hésitation, Provocation, Adaptation, Fiction, Autofiction, Substitution, Indécision, Érosion, Éclosion, Évasion, Concision. Cette énumération permet la compréhension des intentions de l’auteur ainsi que sa définition ou sa conception de la littérature, de la lecture en général et de la nouvelle en particulier... Et cela dès la première nouvelle qui met en scène les relations entre auteur et lecteur (lectrice) et dont la chute illustre à la perfection se qui se passe « sous la couverture » ! Mais aussi avec les multiples citations et références littéraires de Borgès à Cortazar en passant par Auster qui sont autant de clins d’œil, de connivences… et de pure jubilation. Et enfin avec la concision ultime qui clôt le recueil !
Cette belle unité méritait bien une mention !
 
En six éditions, le Prix de la Nouvelle d’Angers (actuellement le seul à primer et publier un recueil sur manuscrit tous les 2 ans avec pour objectif de  révéler de nouveaux talents) a offert aux lauréats une première publication qui a constitué pour chacun une étape importante. Ils ont tous (ou presque) poursuivi leur chemin d’écriture à travers une ou plusieurs publications.
 
Quant aux finalistes, la plupart ont réalisé la publication de  leur manuscrit dans l’année qui a suivi le prix et par la suite ont publié un ou plusieurs recueils.