Vendredi 16 Novembre 2018
à la Médiathèque Toussaint d’Angers
18 h 30
Dans une salle remplie et en
présence des principaux partenaires, notamment Mr FOUQUET, adjoint à la
Culture, représentant la Mairie d’Angers, F. MULLER, directeur des éditions Paul&Mike…
ainsi que des membres du jury, l’identité
de la lauréate a été dévoilée…
Il s’agit de Michelle LABBE,
enseignante à la retraite, qui vit entre la Bretagne et la région parisienne et
qui partage son temps entre l’écriture et les voyages. Auteur de plusieurs
romans et d’un recueil de nouvelles, elle a aussi écrit un essai sur les romans
de J. M. G. LE CLEZIO (éditions L’Harmattan).
Une brève présentation du recueil "Feuilles d'Engadine" permet de comprendre qu’il s’agit d’une sorte
de journal de randonnée, tenu par une même narratrice. Invitant ainsi le
lecteur à partir à la découverte de nouveaux lieux et de nouvelles personnes.
L’unité de composition en fait
une sorte de « roman-par-nouvelles », où chaque nouvelle est l’occasion
d’une anecdote et aussi d’une galerie de personnages appartenant à des milieux
différents montrant ainsi les écarts sociaux et culturels entre les habitants,
les touristes, les célébrités….
Donc un recueil qui pourrait se
lire comme un guide touristique mais teinté de philosophie, de littérature, de
sociologie… tout en restant dans un langage et un style très simples, très
faciles à lire.
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Michelle LABBE pendant sa lecture apéritive |
La soirée s’est terminée par une
lecture apéritive et une séance de dédicace.
Pour faire plus ample
connaissance avec l’auteur, nous reproduisons ci-dessous une partie de l’entretien
(dont on peut lire l’intégralité ainsi qu’une nouvelle extraite du recueil dans
le N° 53 de la revue Harfang)
Entretien avec
Michelle LabbÉ
D’où vient l’idée d’écrire sur
l’Engadine qui est au cœur de votre recueil ?
M. L. : J’ai souvent trouvé, dans mes lectures : Nietzsche, Proust, Freud, Mann… le nom
de Sils‑Maria, d’emblée étrange parce qu’il semblait appartenir à deux langues
différentes - en tout cas, pour Proust,
nom « deux fois doux ». La
région, l’Engadine (selon l’orthographe française) semble introduire une
troisième langue, pour nous plus familière, charmante ici par ses sonorités. On
pourrait déjà parler d’ambiguïté, de mystère. D’autre part, le lieu, pour les
écrivains, les artistes qui l’ont fréquenté, évoque le lointain, la réclusion,
le repos tout en suggérant, par le nombre et la renommée de ses visiteurs, un
séjour mondain : Gide, Mann,
habitués d’un grand hôtel… mais aussi David Bowie,
Kristen Steward, habitués du même
hôtel… Olivier Assayas joue du
paradoxe dans son film Sils Maria
en présentant cet hôtel comme le lieu de rencontre d’écrivains, d’acteurs tout
en faisant, des hauteurs de la vallée, le séjour du « serpent de Maloja », ce nuage qui, vers le soir, se
coule entre les sommets, embrume l’Engadine, et fait se perdre les personnages
joués par les clients du prestigieux hôtel.
La quatrième de couverture de La suite américaine, votre recueil
précédent, était une invitation à lire les « nouvelles
comme un roman ». Donneriez-vous le même conseil aux lecteurs de la « suite de nouvelles » de Feuilles d’Engadine ?
M. L. : Comment lire les nouvelles ? Chacune doit se
refermer sur elle‑même mais « l’effet recueil » n’est pas innocent.
Même si chaque texte se veut un et différent des autres, la lecture a la
liquidité de l’aquarelle. Les couleurs glissent les unes sur les autres. La
deuxième nouvelle est encore imprégnée de la première et s’apprête à colorer la
troisième. Autant, pour l’auteur, en profiter et désigner le même objet tout au
long de son écriture pour cerner une réalité, ici, un lieu, et s’approcher de
la cohérence et de l’homogénéité que l’on réclame du roman. Mais on doit aussi
se demander si la distinction stricte entre les genres reste pertinente à notre
époque, si certains ouvrages, annoncés explicitement en couverture comme
romans, (Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue ;
Yasmina Reza, Heureux les Heureux ) ne sont pas, par leur
division en chapitres et leur changement de personnage‑narrateur, de ton et de
point de vue, plus proches du recueil de nouvelles.
Ce qui peut être demandé au lecteur, c’est de
considérer le volume comme une suite. C’est ce que j’ai voulu tenter avec Feuilles d’Engadine :
donner le sentiment d’une méditation et d’une découverte qui se poursuit de
nouvelle en nouvelle.
Dans l’écriture et la genèse du recueil,
votre priorité est-elle donnée aux personnages (rendus vivants par de petites
anecdotes) ou au lieu, l’Engadine (que l’on pourrait considérer aussi comme le
personnage principal) ?
M. L. : Dans ce recueil, je crois que l’Engadine devient le
personnage principal, une sorte d’entité vibrant de son mystère et de sa
beauté, de ses couleurs, de ses parfums : le turquoise des lacs, la neige
des cimes, les fleurs sur les pentes, les forêts. Nietzsche appelait la vallée « l’Ile Bienheureuse » comme si elle était isolée du
reste du monde, un être à part entière doté d’une sorte de vertu du
bonheur ; deux petites îles du lac de Sils s’appellent également « Les Bienheureuses ». Un
certain anthropomorphisme est né spontanément du charme puissant reconnu à la
vallée, capable des plus languissantes douceurs et des pires tempêtes, de
grandes solitudes et de pavanes dans les lieux chics. Mais l’Engadine est aussi
évolution: nouvelles constructions attirant des couches sociales plus modestes,
nouveau téléphérique permettant de se rendre rapidement sur les hauteurs pour
des randonnées en altitude, nouvelles activités proposées, kite-surf ou cross‑country
pour les plus jeunes ou marches nordiques pour d’autres. Cependant, les
responsables de la région sont attentifs à préserver la beauté et la
spécificité des lieux, sports d’été respectant la nature, ski et patinage
durant le long hiver. L’Engadine perdure, change et se découvre. Le flux des
visiteurs n’entache pas son charisme.
Auteur de plusieurs romans et récits,
que représente pour vous le choix de la nouvelle ?
M. L. : Le choix de la nouvelle répond au désir de travailler
sur de petites unités, d’essayer de ciseler pour un effet final, d’exprimer un
sentiment, une émotion dans un espace restreint et sur un thème restreint, et,
éventuellement, d’une nouvelle à l’autre, changeant totalement de point de vue,
de varier l’emprise qu’on tâche d’avoir sur les choses de la vie. On peut aussi
jouer sur les sens de « nouvelle ». Écrire une nouvelle peut
s’entendre comme donner des nouvelles d’un lieu et de ceux qui y vivent…
Suite
de l’entretien et nouvelle de Michelle LABBE à lire dans Harfang N° 53, 10 €
Feuilles
d’Engadine, Michelle LABBE,
éditions Paul&Mike, 112 p., 10 €